OTTAWA - La Banque du Canada a renoncé à inclure l'image d'une Asiatique au verso des nouveaux billets de 100 $, après que des groupes échantillons aient critiqué ce choix «ethnique».

L'image qui devait apparaître au verso des nouveaux billets de polymère, en circulation depuis novembre, montrait une Asiatique penchée sur un microscope, et un flacon d'insuline. Elle devait célébrer les innovations médicales canadiennes.

Mais huit groupes échantillons interrogés au sujet des nouveaux billets de 5 $, 10 $, 20 $, 50 $ et 100 $ se sont montrés nettement insatisfaits du choix d'une Asiatique pour la coupure la plus élevée.

«Certains s'inquiètent du fait que la scientifique semble être Asiatique», lit-on dans un rapport rédigé en 2009 par The Strategic Counsel, et obtenu par La Presse Canadienne en vertu d'une demande d'accès à l'information.

«Certains croient que cela représente le stéréotype des Asiatiques qui excellent en technologie ou en sciences. D'autres croient que les Asiatiques ne devraient pas être la seule ethnie représentée sur les billets. D'autres ethnies devraient être elles aussi illustrées.»

Quelques participants ont également estimé que la couleur jaunâtre-brunâtre du billet de 100 $ renforce la perception que la femme est asiatique, et inculque un caractère racial au billet.

La banque centrale a immédiatement ordonné que l'image soit refaite, et elle a imposé une ethnicité «neutre» à la scientifique, qui a été dépouillée de ses traits asiatiques — elle semble maintenant caucasienne.

«L'image originale n'avait pas été conçue pour représenter un membre d'une ethnie particulière», a dit en entrevue le porte-parole de la banque, Jeremy Harrison, en évoquant des politiques qui interdisent la représentation de groupes ethniques sur les billets de banque. «Mais évidemment, quand nous avons interrogé les groupes échantillons, certains ont cru que l'image semblait représenter un groupe ethnique spécifique, donc des modifications ont été apportées.»

Une représentante du Conseil national des Canadiens chinois a vertement dénoncé, vendredi, la décision de la banque centrale.

«La Banque du Canada a apparemment pris au sérieux (...) les commentaires et réactions racistes des groupes de consultation et retiré l'image, a dit May Lui, la directrice exécutive intérimaire du chapitre de Toronto. C'est choquant simplement dû à l'histoire et à la longévité des Canadiens chinois dans ce pays.»

Mme Lui a demandé à la banque de «reconnaître son erreur d'avoir cédé aux commentaires racistes».

Pour sa part, le directeur exécutif national de l'organisation, Victor Wong, a incité la banque à revoir sa politique de ne pas représenter de minorités visibles sur ses billets.

«Vous nous effaçez tous, a-t-il dit depuis Toronto. L'image par défaut est celle d'un Blanc.»

The Strategic Counsel a mené ses consultations en octobre 2009 à Calgary, Toronto, Montréal et Fredericton, à un coût de 53 000 $.

Les groupes de Toronto ont plutôt bien accueilli l'image de la femme asiatique puisqu'elle représentait «la diversité et le multiculturalisme». Au Québec, en revanche, «l'inclusion d'une Asiatique sans représenter d'autres ethnies posait problème».

«Les Asiatiques sont forts en science et en maths. Je n'aime pas l'implication», a dit un participant québécois au groupe échantillon. «Tous les pays font ces choses. Je trouve ça arrogant et prétentieux. Ce n'est pas notre style en tant que Canadiens», a dit un autre Québécois.

Le recensement de 2006 a déterminé que la population canadienne compte plus de cinq millions de personnes appartenant à des groupes ethniques visibles, dont 1,2 million sont Chinoises et 240 000 autres ont des ancêtres en Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam, au Cambodge, en Malaisie et au Laos.

La Banque du Canada a lancé les nouveaux billets pour mettre en échec les faux-monnayeurs, mais ils devraient aussi être plus durables que les versions précédentes. Les nouveaux billets de 50 $ ont été mis en circulation en mars, et les billets de 20 $ sont attendus en novembre.

Les billets de 50 $ et 20 $ montrent, respectivement, un brise-glace scientifique et le Mémorial national du Canada à Vimy, plutôt que des images de Canadiens ordinaires. Certains membres des groupes échantillons ont cependant estimé que les images de Vimy ressemblaient à celles des tours jumelles de New York, détruites lors des attentats terroristes du 11 septembre 2001.