NOUVELLES

Après les violences de Marikana, l'économie sud-africain craint pour les investissements

17/08/2012 01:33 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

Après le massacre de la mine de platine de Marikana qui a fait 34 morts jeudi, les milieux d'affaires sud-africains s'inquiétaient vendredi de l'image du pays auprès des investisseurs étrangers, et plus généralement des risques d'instabilité.

Au moins 34 mineurs grévistes ont été abattus jeudi à la mine de platine Lonmin de Marikana (nord) par la police qui a invoqué la légitime défense. Il y a eu plus de 78 blessés et 259 arrestations, selon un premier bilan officiel de la tuerie. Le principal syndicat des mineurs NUM a de son côté dénombré 36 morts.

"Le message que cela envoie est bien évidemment négatif", déclare Iraj Abedian, PDG du groupe Pan African Investments, en stigmatisant la compagnie propriétaire, les syndicats, mais aussi les politiques.

"C'est une chose d'avoir des syndicats puissants, c'est en une autre totalement différente d'avoir 30 mineurs tués, ce qui veut dire que ni les dirigeants de l'entreprise, ni les leaders syndicaux, ni les leaders politiques n'ont été capables d'anticiper et d'éviter ce type de situation", ajoute M. Abedian.

"Tout cela est de mauvais augure en une période économique et financière très difficile dans le monde", souligne-t-il.

Un autre investisseur sud-africain, Owen Nkomo de Inkunzi Investments, renchérit: "c'est très mauvais pour l'image de l'Afrique du Sud auprès de ceux à l'étranger qui veulent placer leur argent ici".

De fait les vidéos de policiers tirant à balles réelles sur des grévistes armés ont fait le tour du monde, en rappelant celles de la répression du régime raciste d'apartheid. C'est le plus grave massacre du genre depuis la fin de l'apartheid en 1994.

Or, bien que première économie du continent, l'Afrique du Sud, dont la croissance ralentit, a grand besoin de capital frais, pour combattre le chômage et la pauvreté qui engendrent sporadiquement des violences sociales.

La tuerie de Marikana survient après des heurts meurtriers entre le puissant syndicat des mines NUM et un petit syndicat dissident radical, qui ont fait 10 morts ce mois-ci, provoquant la fermeture de la mine de platine. De plus trois ouvriers ont été battus à mort lors d'une longue grève dans une autre mine, Impala Platinum.

Pour ces raisons, le cours international du platine a bondi vendredi à son plus haut niveau depuis plus d'un mois, mais l'action de Lonmin a chuté de près de 6%. Et, selon des experts à Londres, les affrontements meurtriers en Afrique du Sud avivent les inquiétudes sur des perturbations prolongées de la production de métaux platinoïdes dans le pays.

L'an dernier, l'Afrique du Sud, où les syndicats sont très puissants, a connu plus de 2,8 millions de jours de grève.

C'est le premier pays producteur de platine de la planète, avec environ 75% de l'offre mondiale de ce métal précieux très utilisé par l'industrie automobile.

Mais l'extraction du platine devient plus coûteuse. Et les industriels des métaux précieux s'inquiètent de propositions de nationalisation, émanant de l'extrême gauche de l'ANC, le parti au pouvoir.

Même avant les incidents, les investisseurs du platine semblaient hésiter en raison de mauvaises perspectives sur ce marché, note Hugo Pienaar, un analyste économique à l'université de Stellenbosch.

"Ce qui s'est passé cette semaine est vraiment tragique (...) l'environnement n'était déjà pas bien bon, mais maintenant je pense que cela va refroidir les investisseurs potentiels dans le secteur minier", ajoute Hugo Pienaar.

Annonçant une commission d'enquête sur Marikana, le président Jacob Zuma s'est voulu rassurant vendredi: "les investisseurs internationaux et des partenaires de développement ont, au cours des ans, tiré un grand bénéfice de leur travail et de leur association avec l'Afrique du Sud. Nous sommes pleinement engagés pour que ce pays reste une nation paisible, stable, productive et prospère".

jg/gs/Jms/cpb

PLUS:afp