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A Marikana, les femmes des mineurs entonnent des chants anti-apartheid

17/08/2012 09:10 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT

A quelques centaines de mètres du lieu du massacre de la mine de Marikana, une centaine de femmes réunies vendredi matin dansent et chantent des chants révolutionnaires de l'époque de la lutte contre l'apartheid, debout sur un tertre près de la route de terre qui mène à leur misérable village.

Ces femmes de mineurs vivent avec leur famille dans des baraquements de bois et de taule rouillée, où les latrines publiques dégagent une puanteur infernale.

Sous leurs pieds, l'un des plus riches gisements de platine au monde, exploité par la société Lonmin.

Au-dessus de leur tête, un hélicoptère de la police qui tourne inlassablement.

A 500 mètres de là, la colline où 34 mineurs ont été tués et 78 autres blessés la veille. L'endroit est ceinturé par un cordon de voitures blindées. Personne ne peut y accéder hormis les enquêteurs.

Les chants des femmes ont autrefois servi d'hymnes dans la lutte contre le régime raciste de l'apartheid, finalement vaincu en 1994. Aujourd'hui, c'est contre la police de la démocratie qu'elles lancent les paroles révolutionnaires.

"La police est venue ici, pour tuer nos maris, nos frères. Ici. Nos enfants!", s'emporte Nokuselo Mciteni, 42 ans, au milieu du groupe qui lance des invectives contre une lointaine unité de la police scientifique qui travaille à recueillir des indices.

Le travail des experts est essentiel: il pourrait prouver que la police a effectivement agi en état de légitime défense après avoir été chargée par les grévistes armés, comme l'a affirmé vendredi la chef de la police nationale Riah Phiyega.

Par chance, le mari de Nokuselo est rentré sain et sauf à la maison jeudi soir. Mais des dizaines de femmes cherchaient encore vendredi qui un fils, qui un mari, qui un frère.

"Maintenant, je veux voir mon mari, parce que son bébé pleure", se désole Asakhe Mahaphi, 25 ans, dont le mari n'a plus donné signe de vie depuis jeudi matin. Le couple a trois enfants. Le plus jeune a trois mois.

"Les patrons, s'ils ne veulent pas leur donner d'argent, pourquoi ils ne les mettent pas simplement à la porte au lieu de les tuer?", demande Primrose Songi en se frappant la poitrine: "Nos enfants pleurent, ils ne dorment pas, ils ont peur des hélicoptères".

"Mon mari est le seul de la famille à travailler", raconte en sanglotant une autre femme au reporter d'une télévision sud-africaine: "Tout le monde dépend de lui, même sa mère, et cinq frères. J'ai deux enfants, comment je vais savoir où il est?"

Dans la township, beaucoup de gens sont encore trop traumatisés par les événements de la veille pour oser parler aux journalistes. "Je ne veux pas que ces gens (la police) me voient parler avec vous, sinon ils vont me tuer", lance un homme en s'écartant: "Partez d'ici, je ne veux pas mourir".

De l'autre côté du lotissement, environ 2000 hommes se rassemblent de nouveau. Certains portent des barres de fer, d'autres des bâtons de bois. Ils arrivent par petits groupes puis s'assoient à même le sol, sur l'herbe jaune et sèche de l'hiver austral, la saison sans pluie.

Ils n'ont pas l'intention de bouger tant que la direction de la mine n'aura pas pris en compte leurs revendications. Payés 4000 rands par mois (400 euros), ils en réclament le triple.

Cinq d'entre eux ont été désignés comme porte-parole. Ils sont assis dos à la foule. Leurs leaders haranguent les mineurs, en fanagalo, une langue de mineurs, mélange d'anglais et de langues africaines, créée au fil des décennies par les travailleurs souterrains originaires de toutes les cultures d'Afrique australe.

Lorsque les discours s'interrompent, les porte-parole se tournent vers le journaliste de l'AFP. "Nous n'avons pas de quoi acheter de la nourriture. Les gens qui travaillent à Lonmin ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l'école", dit Jack Khoba, 29 ans, "superviseur" à la mine.

A propos du déclenchement de la fusillade la veille, les mineurs nient avoir porté des armes à feu. Ils nient aussi avoir chargé les premiers, comme l'affirme la police.

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