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Un feuilleton télévisé sur la guerre du Golfe captive les Koweïtiens

16/08/2012 01:48 EDT | Actualisé 16/10/2012 05:12 EDT

KOWEÏT, Koweït - Tous les soirs depuis trois semaines, les Koweïtiens sont captivés par un feuilleton dont ils connaissent déjà la fin: l'armée irakienne est boutée hors du pays et le Koweït en ruine se reconstruit. Mais cette fiction télévisée en 30 épisodes, consacrée à l'invasion irakienne de 1990, est plus qu'une reconstitution de la première guerre du Golfe. Pour plusieurs, elle est un rappel de l'unité passée de la nation.

Le Koweït est actuellement secoué par des conflits tribaux et une opposition frontale entre la famille régnante, soutenue par l'Occident, et les islamistes, qui veulent imposer des mesures conservatrices, comme interdire les concerts publics et la participation des femmes à des compétitions sportives.

Le feuilleton «Saher al-Layl» («Insomniaque») retrace l'invasion et l'occupation irakienne à travers le destin d'une famille koweïtienne.

Les feuilletons télévisés sont l'une des traditions du mois sacré du Ramadan, qui s'achève ce week-end. Habituellement, les intrigues se situent dans l'histoire ancienne. «Saher al-Layl», en revanche, évoque une époque dont les plaies ne sont pas encore totalement cicatrisées.

Le scénariste, Fahad al-Aliwa, explique avoir tenté de ne pas s'attarder sur les zones d'ombre de l'occupation irakienne. Au contraire, il a voulu célébrer le mythe national de la résistance héroïque face à l'ennemi.

«Dans cette période troublée où le sectarisme déchire notre société, je pense qu'il est vital de rappeler aux gens qu'il y a eu un moment où leurs différences n'avaient pas d'importance et où ce qui comptait était ce qu'ils avaient en commun: leur pays», a déclaré Fahad al-Aliwa, qui avait six ans lors de l'arrivée des chars de Saddam Hussein sur le territoire koweïtien, le 2 août 1990.

Abou Nasser, un Koweïtien d'une soixantaine d'années qui n'a pas voulu pas donner son nom au complet, pense que son pays a perdu le sens de la cohésion nationale. Pour plusieurs, cette cohésion a connu son apogée lors des années de reconstruction, après l'expulsion des troupes irakiennes du pays en 1991.

«Plus de 20 ans après, nous n'avons rien appris. Les gens parlent beaucoup du fait que les différences ont été gommées, mais les choses se sont améliorées après l'invasion pour quelque temps seulement, et ensuite elles ont empiré», estime Abou Nasser, qui s'était porté volontaire pour gérer une épicerie pendant l'invasion. «Bien sûr, j'espère que ce feuilleton aura un impact positif sur les gens.»

Abou Youssef, âgé dans la quarantaine, se rappelle très bien des tueries. «Un jeune homme de notre quartier, plus jeune que moi, était couché par terre devant sa maison, dans une mare de son propre sang. Je n'en croyais pas mes yeux», se remémore-t-il. «J'ai arrêté la voiture et je suis sorti. Je me souviens très bien de cette scène. Je me souviens de la façon dont sa mère éplorée sanglotait bruyamment et je me souviens de la façon dont elle s'est assise près de son corps, comme si elle attendait qu'il se réveille.»

Abou Youssef se rappelle aussi la solidarité. «C'est comme si toutes les différences avaient disparu», raconte-t-il. «Les gens s'entraidaient autant qu'ils le pouvaient. Nous faisions tourner les boulangeries, nous nettoyions les rues, nous aidions ceux qui avaient besoin d'argent, et des questions comme le culte ou le milieu social n'intervenaient pas entre nous. Nous avons tous appris la valeur de notre solidarité.»

Laila al-Othman, romancière et militante des droits des femmes, espère que le feuilleton encouragera les jeunes générations à étudier davantage l'occupation irakienne. Au Koweït, plus de la moitié de la population est âgée de moins de 30 ans et possède peu ou pas de souvenirs de la guerre du Golfe. «Il est important qu'ils apprennent ce qui s'est passé, et qu'ils apprennent les valeurs de solidarité qui ont permis au pays de se remettre sur pied après l'invasion», estime-t-elle.

Le Parlement koweïtien est dans une impasse en raison des conflits qui opposent la famille régnante et les parlementaires. Le boycottage de membres du Parlement pousse le pays vers de possibles nouvelles élections, après le scrutin de février remporté par des partis d'opposition menés par les islamistes.

Peu après leur victoire, les parlementaires islamistes ont annoncé leur intention de modifier la Constitution pour remplacer les différents codes législatifs par la loi islamique. L'émir du Koweït a opposé son veto à ce projet.

Les conservateurs les plus convaincus ont tenté d'imposer leur vision par d'autres moyens, par exemple en faisant fermer une exposition jugée «impie» parce que les oeuvres représentaient des hommes et des femmes ensemble et montraient des bouteilles d'alcool.

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