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Syrie: rebelles impitoyables avec les "traîtres"

16/08/2012 06:17 EDT | Actualisé 16/10/2012 05:12 EDT

Encadré par un groupe de rebelles, un jeune homme est poussé à coups de crosse dans le dos à l'intérieur d'une maison de Rankous (30 km au nord de Damas), et Asad, le chef de la Brigade locale ordonne immédiatement qu'il soit conduit à la salle de bain.

Le garçon, Ahmad, 23 ans, est accusé d'être un traître infiltré dans les rangs de la rébellion qui tente depuis un an et demi de renverser le régime du président Bachar al-Assad.

Mains liées dans le dos, il est contraint de s'agenouiller. Son supplice commence. Le poing d'Asad, surnommé "le lion de Rankous", lui martèle le visage. Seuls ses pleurs rompent le silence qui s'est fait dans la maison.

Le chef s'interrompt et demande qu'on aille lui chercher un tuyau d'arrosage en plastique. Il en coupe un bon mètre et le plie en deux avant de fermer la porte de la salle de bain. Quelques minutes après, un rebelle en sort portant les vêtements du "traître" qu'il jette sur le sol avec dédain.

Le tuyau d'arrosage est devenu un fouet. Dans la maison on entend les coups pleuvoir derrière la porte fermée. Les cris et les lamentations s'estompent peu à peu.

Nul ne pose de questions. Inutile d'être devin pour imaginer ce qui se passe derrière ce mûr. Asad ne s'arrête brièvement de frapper que pour maudire et insulter le jeune homme.

Un des rebelles, Mahmoud, explique: "Il a tenté de livrer à l'armée Abou Hatab, le chef de la brigade Aljadra. Il devait le conduire jusqu'à un poste de contrôle où les troupes du régime l'auraient abattu. Mais son petit jeu a mal tourné". Nerveux, il sort une cigarette avant de conclure: "S'il est malin, il va parler".

La séance durera plus de deux heures, sans interruption. Asad a cédé la place à plusieurs de ses hommes qui se succèdent à tour de rôle pour, entre deux coups de poing, "interroger" Ahmad.

La nuit tombe. Il est l'heure de l'iftar (rupture du jeûne du ramadan). Abou Hatab, le chef rebelle que le "traître" devait livrer aux soldats du régime, est présent. "Que feriez-vous à ma place? demande-t-il. Dans la nouvelle Syrie, les traîtres nous les jetterons en prison mais pour l'heure nous sommes en guerre"...

Abou Yaffar, le frère d'Asad, ne s'encombre pas de ces scrupules: "Les traîtres, nous les tuons. Ils n'ont aucun honneur. Ils ne connaissent même pas ce mot. Il n'y a que l'argent qui les intéresse".

Asad ne se fait pas à l'idée d'avoir été dupé par le jeune homme: "Il est arrivé il y a trois semaines en disant qu'il avait déserté les rangs de l'armée régulière. Nous l'avons accueilli comme l'un des nôtres et il nous a trahis".

L'interrogatoire reprendra un peu plus tard. Toujours aussi musclé. Jusqu'à ce que deux hommes sortent le garçon évanoui de la salle de bain et le déposent sur un matelas posé à même le sol de la cuisine. Ils lui lient les pieds et jettent une couverture sur le corps meurtri.

Asad s'est installé dans le salon au milieu de ses hommes. "Nous devons penser à ce que nous allons faire de lui", feint-il de s'interroger. Son frère suggère qu'ils essaient de l'échanger contre cinquante rebelles détenus par l'armée. Mais nul ne croit en cette possibilité.

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