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Gabon: l'opposition revoit son bilan à un mort, le pouvoir

16/08/2012 01:04 EDT | Actualisé 16/10/2012 05:12 EDT

Au lendemain des violents heurts lors d'une manifestation interdite du parti d'André Mba Obame, l'opposition a dénoncé "l'acharnement" du pouvoir et a revu son bilan des victimes de trois à un mort, mais les autorités démentent tout mort pendant la manifestation.

L'Union nationale (UN, dissoute) avait appelé à une manifestation interdite à Libreville pour réclamer à terme une nouvelle constitution et des élections.

Depuis le retour de Paris le 11 août du principal opposant gabonais, après 14 mois d'absence pour raisons de santé, l'UN a clairement annoncé son intention de faire partir le président Ali Bongo, parlant d'une "grave crise".

Le pouvoir a balayé cette idée jugeant qu'il n'y avait pas de crise au Gabon et estimant que M. Mba Obame et l'Union nationale avaient franchi les limites légales.

L'opposition avait donné mercredi soir un bilan de trois morts, évoquant dans un premier temps "deux compatriotes tuées", puis parlant d'un "troisième décès".

"Toutes vérifications faites il y a bien une morte. Elle s'appelle Mwada Elizaberte", a déclaré jeudi Zacharie Myboto, président du parti dissous l'Union nationale.

Selon lui, "le ministre de l'Intérieur a communiqué pour dire qu'il n'y avait pas eu mort d'homme (...) il n'y a pas de meilleure preuve pour dire que le gouvernement a menti".

Le frère de la personne décédée, Gilbert Nguema, a affirmé que sa soeur, coiffeuse dans un salon dans le quartier de la manifestation, était asthmatique.

"Ma petite soeur était en train d'agoniser, le sang sort par le nez et par la bouche. Elle me dit que lorsqu'elle était en train de fermer le box (de coiffure), les agents ont lancé des gaz lacrymogènes, ça l'a touchée à la face. Ils ont commencé à la tabasser", a-t-il dit, précisant que sa soeur était morte à l'arrivée à l'hôpital.

Une source médicale sous couvert de l'anonymat a indiqué à l'AFP que la jeune femme était "couverte de sang". "Je n'ai trouvé ni blessure ni ecchymose. Il est probable qu'elle a fait une réaction aux gaz lacrymogènes", a précisé cette source.

Le ministère de la Santé a pour sa part indiqué avoir "reçu à 16H00 (mercredi) une jeune femme âgée de 22 ans déjà décédée".

"Il n'a été constaté à l'examen aucun traumatisme crâno-facial, du thorax ou de l'abdomen. Il a été constaté un saignement de nez qui n'a a priori aucun rapport avec le décès. Il s'agit d'une mort naturelle sans doute liée à des antécédents de la personne", selon le ministère.

"L'opposition fait dans la manipulation. Ils passent maintenant de 3 morts à un mort. Il n'y a pas de mort due à la manifestation", selon une source haut placée à la présidence.

"Les dégâts occasionné sont dûs à la volonté manifeste des membres de l'ex-UN d'organiser des troubles", a ajouté ce responsable.

D'autre part, l'émetteur de TV+, télévision propriété de Mba Obame a été incendié par des hommes armés et cagoulés dans la nuit de mercredi à jeudi et la chaîne n'émet plus.

"Cet énième sabotage et cet acharnement du pouvoir contre TV+ confirment l'absence de liberté d'expression et de la presse au Gabon", a estimé Frank Nguema, directeur de la station.

Le gouvernement a diffusé un communiqué dans la nuit "louant la réaction mesurée des forces de l'ordre face aux nombreuses provocations".

"Les interpellations se poursuivent pour que chacun réponde de ses actes", d'après ce communiqué qui ne précise pas le nombre des personnes appréhendées.

Des affrontements entre forces de l'ordre et groupuscules avaient éclaté, avant l'heure prévue de la manifestation mercredi alors que le cortège constituée de 2 à 3000 personnes était violemment dispersé. Les manifestants réclamaient notamment le départ du pouvoir d'Ali Bongo.

Ancien baron du régime passé dans l'opposition à la mort du président Omar Bongo en 2009, M. Mba Obame avait contesté la victoire de son fils Ali Bongo à la présidentielle. Il s'était autoproclamé président en 2011, avant de se réfugier plus d'un mois dans une agence onusienne de Libreville. L'UN avait alors été dissoute.

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