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A Alep, manger est une entreprise à haut risque

16/08/2012 08:21 EDT | Actualisé 16/10/2012 05:12 EDT

Il n'y a pas d'armes dans la voiture de l'Armée syrienne libre (ASL) que Seif conduit à toute allure dans les rues d'Alep mais quelque chose de tout aussi important pour les rebelles: de la nourriture.

Mais apporter ces repas aux combattants et aux civils assiégés est une entrepris à haut risque. Il faut franchir les contrôles routiers tenus par les forces gouvernementales, grâce à des stratagèmes que Seif ne décrira pas pour ne pas compromettre ses réseaux.

"C'est mon boulot de distribuer de la nourriture pour l'iftar et le souhour", les repas pris après le crépuscule par les musulmans après une journée de jeûne pendant le ramadan, déclare ce jeune homme fin aux cheveux déjà grisonnants.

Alors qu'une fusillade et des explosions retentissent au loin, il vérifie le contenu des boîtes de polystyrène et des sacs en plastique qu'il doit transporter. Boîtes de riz, pâtes, sauce tomate, pain, poivrons verts et lait.

Il lance le moteur de la camionnette décatie avec un tournevis, faute de démarreur, puis se lance dans sa course à travers la ville.

Dès le premier arrêt, pour ravitailler des rebelles dans une école, deux civils s'approchent pour demander du "pain pour les enfants". La conversation s'envenime lorsque l'un des hommes qui prête main-forte à Seif leur répond que la nourriture est pour les combattants.

"Les gens ici sont coincés, les boulangeries sont fermées et il n'y a plus de nourriture. Quand ils voient notre voiture, ils en réclament", explique Abou Al-Nour qui, comme la plupart des Syriens rencontrés à Alep, ne veut pas donner son vrai nom.

"Certains civils se débrouillent et les autres devraient faire pareil. C'est beaucoup plus dur pour nous de le faire car nos noms sont connus à tous les barrages", lance-t-il.

Finalement, les civils reçoivent un peu de pain mais Seif a perdu du temps qu'il doit rattraper en conduisant encore plus vite dans les rues défoncées par les cratères d'obus.

Il atteint le poste de l'ASL le plus proche de Salaheddine, l'un des quartiers d'Alep où les combats sont les plus violents depuis quinze jours. Les habitants sont partis mais les forces du régimes ont placé des tireurs embusqués dans le quartier.

"Vous avez déjà mangé ?", crie Seif aux rebelles sans quitter sa voiture. "Non, et nous sommes cinq". L'un deux, la tête couverte d'un bandana noir sort de son abri pour attraper au vol les sacs que Seif lui lance de l'arrière de la camionnette.

"C'est très dangereux pour le moment. Nous avons eu beaucoup d'incidents où nous avons été visés par des tireurs embusqués et deux fois des obus ont explosé à notre passage", raconte Seif en montrant un côté de sa voiture criblé d'éclats.

A un autre poste de l'ASL installé dans un bâtiment administratif, trois portraits du président syrien Bachar al-Assad sont étendus par terre afin que quiconque entre ou sorte les foule du pied en signe de mépris.

"Allah Akbar (Dieu est Grand), la nourriture est là", s'écrit un combattant adolescent en descendant précipitamment à la rencontre de Seif et de ses provisions. Puis, une femme voilée de noir et un vieil homme reçoivent une ration. Cinq hommes conduisant un camion équipé d'un canon anti-aérien en auront deux chacun.

"Nous essayons de donner aux civils ce dont ils ont besoin. Nous sommes tristes pour eux mais nous sommes en guerre et nous devons nous battre, nous ne pouvons administrer la ville en même temps", constate Abou al-Nour.

De retour à sa base, Seif pousse un soupir de soulagement. Sa tournée est finie, il va pouvoir manger à son tour.

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