MONTRÉAL - Les Expos de Montréal sont disparus depuis longtemps, mais cela n'empêche pas le logo de l'équipe de connaître un regain de popularité — et non seulement auprès des amateurs de baseball.

La casquette tricolore de l'équipe compte maintenant parmi les articles de mode essentiels pour des jeunes, au point où elle est maintenant plus fréquente dans les rues de Montréal qu'à l'époque où l'équipe jouait ses derniers matchs devant des foules faméliques au Stade olympique.

Cette semaine, les casquettes suscitent des émotions ambivalentes puisque c'était le 12 août 1994 que la meilleure saison de l'histoire des Expos a brusquement été interrompue par un conflit de travail. L'équipe connaît aujourd'hui ses meilleurs moments depuis cette époque — mais à Washington, sous le nom des Nationals.

Huit ans après le départ de l'équipe, les casquettes flamboyantes sont aperçues non seulement à Montréal, mais aussi loin qu'à Chicago et à Los Angeles — et même en Europe.

La seule nostalgie du baseball n'explique probablement pas à elle seule cet engouement. Comme cela a été le cas pour de nombreux autres vêtements d'équipes sportives, la casquette des Expos a été, au fil des ans, associée à des gangs de rue — à Los Angeles, Seattle, Wichita et, évidemment, à Montréal.

Le directeur des ventes de la compagnie New Era Canada, fournisseur officiel des casquettes du baseball majeur, a révélé que la popularité de la casquette des Expos a atteint des sommets il y a trois ou quatre ans quand des groupes hip-hop, dont Outkast, l'ont adoptée.

«Nos (casquettes des Expos) étaient vendues d'un océan à l'autre», a dit Ken Haqq.

Au cours de la dernière année, toutefois, la casquette s'est révélée surtout populaire au Québec mais moins dans le reste du pays, a-t-il ajouté.

À Montréal, la casquette est un incontournable pour des adolescents qui n'ont probablement jamais vu évoluer l'équipe. La popularité du logo a été rehaussée par les artistes hip hop de la province qui la portent en concert.

«On vendait plusieurs articles à l'effigie des Yankees, mais maintenant, les Expos sont aussi de bons vendeurs», a confié Robert Araujo, dont la boutique Logo Sports regorge de différentes versions de la casquette des Expos.

M. Araujo, un ancien préposé aux bâtons pour l'équipe montréalaise, au début des années 1980, s'explique mal ce regain de popularité, mais pour certains clients, «c'est certainement une question de mode», croit-il.

On assiste aussi à un renouveau parmi les anciens amateurs du club, même si les souvenirs qu'ils gardent de l'équipe sont un peu plus amers à cette période de l'année.

Il y a dix-huit ans cette semaine, les Expos détenaient la meilleure fiche de toutes les équipes du baseball majeur avec 74 victoires contre seulement 40 défaites, et ils semblaient se diriger tout droit vers les séries d'après-saison. Mais tout espoir d'une première présence en Série mondiale s'est volatilisé quand un conflit de travail a subitement mis fin à la saison.

L'équipe a été démantelée au cours des mois suivants, ses meilleurs joueurs sont partis pour d'autres cieux, et l'équipe a entrepris une glissade qui allait durer dix ans. Depuis, les amateurs se demandent si une solide performance en séries aurait pu lui permettre de survivre plus longtemps à Montréal.

«J'y pense de temps en temps, mais j'essaie de ne pas trop m'y attarder», a confié Paul Berry, un Montréalais de 31 ans qui a toujours été un partisan des Expos.

M. Berry, qui enseigne maintenant au secondaire, constate que de plus en plus de ses étudiants portent les couleurs des Expos. Il croit que c'est davantage une question de mode qu'un hommage au club, puisque les jeunes n'étaient que des bambins quand l'équipe est partie.

«Je pense que les logos sportifs que portent les jeunes aujourd'hui sont une question de mode, a-t-il dit. Je pense que c'est aussi associé à la fierté de la ville.»

Mais pour M. Berry, le port des couleurs des Expos est encore lourd de sens.

«J'ai tellement de souvenirs des matchs auxquels j'ai assisté — plusieurs associés à ma famille, et plusieurs sont excellents, a-t-il expliqué. Je ne veux pas laisser mourir l'équipe et je ne pense pas qu'on devrait l'oublier. Et je garde toujours ce mince espoir qu'une équipe du baseball majeur finisse par revenir en ville.»