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«Je n'ai rien oublié»: quand les secrets de famille sont révélés

15/08/2012 09:51 EDT | Actualisé 15/10/2012 05:12 EDT

PARIS - Même avec la mémoire qui flanche, il y a des secrets de famille plus forts que l'oubli, qui ne s'effacent pas et, mieux, qui remontent à la surface alors qu'on les croyait bien enterrés. C'est l'histoire que raconte «Je n'ai rien oublié», le film de Bruno Chiche qui prendra l'affiche vendredi.

Dans une famille bourgeoise qui habite une grande maison dans une belle propriété, Thomas (Niels Arestrup) marie son fils Philippe, qu'il a eu avec Elisabeth (Nathalie Baye), son ex-femme. La jeune épouse, Simone (Alexandra Maria Lara), est charmante et a un délicieux accent étranger.

Sur toute cette famille règne Elvira (Françoise Fabian), mère de Thomas et donc grand-mère de Philippe, ravie de voir que la lignée familiale va continuer.

Mais un grain de sable empêche cette belle machine à héritage de tourner rond. Conrad (Gérard Depardieu), ami d'enfance de Thomas et qu'on a recueilli quand il était enfant, vit aux crochets de la famille. On semble avoir pitié de lui, il donne d'impression d'être simple d'esprit, mais on ne s'en sépare pas. On le loge dans une annexe de la propriété, au fond du parc.

Elvira, particulièrement, ne veut pas l'abandonner, même si elle voit bien qu'il ne lui apporte que des ennuis. Car peu à peu, ce brave Conrad s'enfonce dans la maladie d'Alzheimer et perd la mémoire. Pourtant il n'est pas tout à fait sur la touche. Si parfois il ne sait plus ce qu'il a fait cinq minutes auparavant ou s'il ne reconnaît plus immédiatement ses proches, des souvenirs beaucoup plus lointains lui reviennent en mémoire.

Il les raconte à Simone, qui s'est prise d'amitié pour lui. La jeune femme l'aide à surmonter sa maladie. Et, peu à peu, découvre quelques morceaux de secrets que Conrad lui-même est incapable d'assembler. Tout cela, cette amitié singulière entre le vieil homme et la jeune femme et ces souvenirs qui reviennent un à un, ne plaît pas du tout à Elvira...

«Je n'ai rien oublié» est tiré d'un roman touffu de Martin Suter, «Small World», que le réalisateur Bruno Chiche avait d'abord jugé inadaptable au cinéma, avant de s'y attaquer pour en faire, selon ses termes, «un thriller familial». Eclectique, il avait auparavant réalisé deux autres films totalement différents, «Bernie et ses petites contrariétés» en 2000 et «Hell» en 2005.

Ici, le drame familial est un peu cousu de fil blanc, l'atmosphère un peu conventionnelle, les personnages un peu prévisibles. Tout est bien léché mais l'émotion, l'étincelle, le basculement de l'histoire, le changement de rythme, tout cela se fait attendre, en vain.

Au-delà d'une belle brochette d'acteurs confirmés auxquels se joint harmonieusement la jeune actrice allemande Alexandra Maria Lara (révélée par «La chute»), c'est encore une fois Gérard Depardieu qui porte le film sur ses épaules.

Comme un symbole, la première image est un gros plan sur son visage massif. Tout au long du film ensuite, même dans des scènes parfois peu crédibles, sa fragilité dans ce rôle de sexagénaire frappé par l'Alzheimer est admirablement exprimée. Bruno Chiche explique avoir parlé avec lui de la manière de concevoir le rôle: «Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il ne fallait pas l'appréhender comme un malade mais comme un homme libre, affranchi de toute notion de temporalité.»

Pour le réalisateur, c'était Depardieu et personne d'autre: «Dans un monde où nous sommes tous rattrapés par l'angoisse du passé et celle du lendemain, j'aimais montrer ce personnage hors normes, brut et lumineux. N'est-ce pas, d'une certaine manière, le portrait de Gérard Depardieu?»

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