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Un ancien président argentin jugé pour corruption de sénateurs pendant la crise

14/08/2012 07:05 EDT | Actualisé 14/10/2012 05:12 EDT

BUENOS AIRES, Argentine - Le procès d'un ancien président argentin accusé de corruption s'est ouvert mardi à Buenos Aires. Les procureurs accusent Fernando de la Rua d'avoir corrompu des sénateurs pour obtenir leur appui.

Un comité de trois juges a déjà établi que cinq millions $ US avaient été versés à un groupe de sénateurs en échange de leur vote afin de restreindre les droits des travailleurs en 2000, quand le Fonds monétaire international (FMI) exigeait une plus grande flexibilité de la main-d'oeuvre pour accorder des prêts à l'Argentine. La loi, qui permettait aux entreprises de congédier des employés sans raison ni compensation financière, a été renversée en 2004.

Les procureurs doivent maintenant prouver que les pots-de-vin aux sénateurs ont été ordonnés par Fernando de la Rua, président de 1999 à décembre 2001, à l'époque où le FMI refusait d'accorder de nouveaux prêts à l'Argentine, qui était plongée dans une grave récession. La crise a provoqué des émeutes meurtrières, poussant M. de la Rua à s'enfuir en hélicoptère du toit du palais présidentiel.

Les coaccusés de l'ancien président comprennent son intermédiaire au Congrès argentin, l'ancien secrétaire parlementaire Mario Pontaquarto, qui a admis il y a 10 ans avoir remis l'argent aux sénateurs sur ordre direct du président.

M. Pontaquarto a déclaré avoir récupéré 5 millions $ US auprès des services de renseignement argentins, puis avoir versé 4 millions au sénateur Emilio Cantarero et un million au sénateur José Genoud. M. Cantarero est aujourd'hui atteint de la maladie d'Alzheimer, tandis que M. Genoud s'est suicidé.

M. Pontaquarto affirme avoir aidé les procureurs à amasser des preuvres de ce qu'il allègue.

«Je cherche la vérité pour mettre un terme à cette histoire», a déclaré Mario Pontaquarto devant la cour mardi, en précisant qu'il n'avait pas peur d'aller en prison.

«Si je ne suis pas condamné, moi qui me suis livré aux autorités, personne ne sera condamné, et ce sera l'impunité», a-t-il dit. «La société a condamné cette affaire, et je veux que le système judiciaire la condamne aussi. Je ne suis pas intéressé par les mensonges de Fernando de la Rua. Il s'agit du plus grave cas de corruption institutionnelle depuis le retour de la démocratie» en 1983, après sept ans de dictature, a dit M. Pontaquarto.

Les partisans de l'ancien président ont distribué des dépliants mardi dans le tribunal. Le document souligne que M. Pontaquarto a déjà été condamné pour détournement de fonds et affirme qu'il n'est pas crédible.

«C'est un cas absurde, plein de contradictions, fondé sur des rumeurs qui ne sont pas prouvées», affirme M. de la Rua dans le dépliant. «Pontaquarto m'a accusé sans preuves, avec un discours basé sur des contradictions qui n'ont jamais été prouvées. Quelle crédibilité devrait avoir cette personne? Aucune.»

Le procès devrait se poursuivre jusqu'en 2013. Près de 340 témoins seront appelés à la barre, dont la présidente Cristina Fernandez, qui a obtenu le droit de soumettre un témoignage écrit. Mme Fernandez était une sénatrice de l'opposition au moment des faits, mais elle ne fait pas partie des sénateurs mis en cause.

Parmi les autres responsables accusés de corruption figurent un ancien chef des services de renseignement, Fernando de Santibanes, et l'ancien ministre du Travail, Alberto Flamarique. Quatre anciens sénateurs sont accusés d'avoir accepté des pots-de-vin: Alberto Tell, Augusto Alasino, Remo Costanzo et Ricardo Branda.

Des leaders de la junte militaire argentine ont déjà été jugés pour violations des droits de la personne au cours des dernières années, mais Fernando de la Rua est le deuxième président démocratiquement élu à être traduit en justice en Argentine. Son prédécesseur Carlos Menem, accusé de trafic d'armes dans les années 1990, a été acquitté au terme de son procès en novembre.

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