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Émeute dans le nord de la France: 17 policiers blessés, des bâtiments incendiés

14/08/2012 03:02 EDT | Actualisé 14/10/2012 05:12 EDT

AMIENS, France - Des mois de tensions entre la police et les jeunes d'un quartier pauvre d'Amiens, dans le nord de la France, ont explosé en déchaînement de violence dans la nuit de lundi à mardi. Dix-sept policiers ont été blessés, une école maternelle et un centre sportif ont été incendiés, tandis que trois passants qui circulaient dans leur voiture ont été attaqués par les émeutiers.

La cause précise de l'émeute n'est pas claire, mais un affrontement entre la police et des citoyens qui assistaient à une cérémonie en mémoire d'un jeune homme mort dans un accident de moto pourrait en avoir été l'élément déclencheur. Les autorités ont souligné que la police n'était pas impliquée dans la mort du jeune homme.

Cette flambée de violence montre que les relations entre la police et les jeunes des milieux défavorisés n'ont pas beaucoup changé depuis les violentes émeutes de 2005 dans plusieurs villes de France.

La soeur du jeune homme mort dans l'accident de moto a affirmé qu'il était impossible pour les gens de la communauté de discuter avec les policiers. «Dès qu'ils voient des jeunes, soit ils leur passent les menottes, soit ils les harcèlent», a déclaré Sabrina Hadji, âgée de 22 ans. «Le dialogue est complètement rompu.»

Il y a moins de deux ans, le gouvernement français a classé Amiens en «zone de sécurité prioritaire» (ZSP), ce qui lui permet de recevoir plus de fonds publics et d'améliorer la sécurité, mais plusieurs résidants se sentent frustrés devant ce qu'ils estiment être l'indifférence des autorités face à leur situation. Le taux de chômage est plus élevé dans le nord de la France qu'ailleurs dans le pays, et il touche particulièrement les jeunes.

Au plus fort de l'émeute, 150 policiers, dont un certain nombre de policiers antiémeute, ont affronté de jeunes hommes qui leur tiraient des balles de plomb et des feux d'artifice. Les incidents se sont déroulés entre 21 h et 4 h du matin, dans un secteur où des heurts s'étaient déjà produits le week-end dernier. Personne n'a été arrêté.

«La confrontation était très, très violente», a déclaré le maire d'Amiens, Gilles Dumailly, à la chaîne de télévision BFM. Selon le maire, les tensions couvent depuis des mois entre la police et les résidants des quartiers nord de la ville, qu'il a décrits comme «des personnes qui éprouvent certaines difficultés».

La colère était toujours vive quand le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est rendu à Amiens mardi après-midi. À son arrivée, un petit groupe de citoyens a tenté de forcer le cordon de sécurité qui le protégeait. Certains l'ont hué et insulté, tandis que d'autres ont tenté de lui parler.

Une personne a crié «Quand allez-vous nous parler?», au moment où le ministre entrait dans un édifice pour rencontrer le maire, le chef de la préfecture, Sabrina Hadji et sa mère.

Manuel Valls, qui a déjà représenté un quartier pauvre de la banlieue de Paris à l'Assemblée nationale, a lui-même paru en colère, se disant consterné que des policiers aient été visés par des tirs.

«Tirer sur un policier? Brûler une école? Et ensuite remettre en question le travail de ces forces? C'est intolérable», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. «Rien n'excuse le fait de tirer sur des policiers et de brûler des édifices publics.»

Il a adopté un ton ferme en prévenant que l'ordre devait être rétabli, tout en déclarant que les résidants des quartiers pauvres de la ville étaient les premières victimes des violences. Il a assuré que sa porte serait toujours ouverte pour eux.

Les relations entre la police et les jeunes des quartiers pauvres de France sont tendues depuis des années, voire des décennies. Des émeutes surviennent à l'occasion, surtout durant les nuits chaudes du mois d'août, quand les riches et la classe moyenne partent en vacances, alors que les familles immigrantes pauvres qui vivent dans les quartiers difficiles restent à la maison.

Selon le criminologue Alain Bauer, la situation n'a fait que s'aggraver depuis les émeutes de 2005. Pour lui, il est difficile de prédire ce qui se passera après les émeutes d'Amiens, qu'il a décrites comme «l'aboutissement de l'amertume et de la tension».

«Ce sont de petits incidents qui restent isolés, sauf s'ils prennent plus d'importance», a-t-il dit. «Il faudra une réaction en profondeur (du gouvernement) qui réponde à la fois aux problèmes criminels et sociaux.»

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