NOUVELLES

Une candidate péquiste retirerait le crucifix de l'Assemblée nationale

14/08/2012 11:53 EDT | Actualisé 14/10/2012 05:12 EDT
Agence QMI

TROIS-RIVIÈRES, Qc - La candidate du Parti québécois Djemila Benhabib retirerait le crucifix accroché au centre de l'Assemblée nationale, même si sa chef Pauline Marois est de l'avis contraire.

Lors d'une conférence de presse avec Mme Marois, mardi, Mme Benhabib a déclaré que ce symbole religieux contrevient à l'apparence de neutralité de l'État.

«L'Assemblée nationale doit représenter la volonté du peuple et le peuple ne doit pas être assujetti à une quelconque religion, a-t-elle dit. Parce que de toutes façons, dans ce peuple québécois, il y a une multitude de gens, de convictions religieuses, philosophiques et spirituelles.»

La candidate, qui brigue les suffrages dans la circonscription de Trois-Rivières, a affirmé qu'elle se rallie toutefois à l'orientation déterminée par Mme Marois, qui veut garder le crucifix installé au Salon bleu, au-dessus de la tribune du président.

«Aujourd'hui j'assume totalement et j'endosse les prises de positions du Parti québécois», a-t-elle dit.

Mme Benhabib, auteure et militante anti-islamiste, croit cependant qu'un débat est nécessaire sur la place à accorder à ce symbole religieux.

«Je pense qu'il y a un débat complexe et profond à mener, nous le ferons dans le respect de chacun, dans la responsabilité», a-t-elle dit.

Mme Marois a présenté mardi les grands principes qui guideront l'élaboration d'une Charte de la laïcité dans les services publics, une loi avec laquelle les péquistes souhaitent clore le débat sur les accommodements raisonnables.

Même si un des objectifs de la Charte serait de proclamer la laïcité de l'État québécois, la chef péquiste ne voit aucune contradiction à garder le crucifix au Salon bleu.

Mme Marois a répété que ce symbole doit être maintenu parce qu'il est relié au patrimoine historique québécois.

La chef péquiste a notamment insisté sur la contribution des communautés religieuses pour la préservation de la culture québécoise que ce soit en oeuvrant dans les secteurs de la santé ou de l'éducation.

«Vouloir faire un pas dans le sens de nous assurer de la neutralité de l'État ne veut pas dire que l'on renie ce que l'on est. On veut dire simplement qu'on est à un autre moment de notre histoire», a-t-elle dit.

«Et à partir de ce moment-ci, nous croyons que la neutralité de l'État et les valeurs fondamentales de l'égalité entre les hommes et les femmes doivent nous guider pour le 'vivre ensemble' au Québec.»

Avec sa charte, le PQ souhaite proclamer que le Québec est un État laïque par rapport aux croyances religieuses. En matière d'accommodements raisonnables, la liberté de religion ne pourrait être invoquée pour enfreindre le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes ou nuire au fonctionnement des institutions publiques et parapubliques.

Les employés de l'État ne pourraient pas porter des signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions.

Un gouvernement péquiste demanderait aux différents ministères concernés par la Charte d'élaborer le plus rapidement possible le texte législatif afin qu'un débat puisse suivre avant son adoption, au cours du prochain mandat.

Mme Marois a affirmé qu'elle était prête à utiliser «absolument, sans aucune réserve» les dispositions dérogatoires à sa portée si jamais la nouvelle loi contrevenait à la Charte canadienne des droits et libertés.

«Nous ferons la bataille qu'il faut», a-t-elle dit.

Les péquistes s'étaient opposés à un projet de loi des libéraux pour baliser les accommodements raisonnables et Mme Marois a soutenu que c'est parce que la pièce législative manquait de précision.

«C'était essentiellement une codification de la jurisprudence passée mais on n'affirmait pas, positivement, ce que l'on voulait et ce qu'on avait comme attente de la part du gouvernement», a-t-elle dit.

Quant aux symboles monarchiques, qui font partie, avec la croix chrétienne, du décor du Salon bleu où siègent les députés, Mme Marois affirme qu'ils disparaîtront.

Mais elle n'exclut pas de conserver «quelques moulures» dans l'enceinte parlementaire.

«J'ai pas mal moins de scrupules vis-à-vis les signes de la monarchie et quant à moi, ça ne m'embarrassera pas de les voir disparaître», a-t-elle dit.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a affirmé mardi qu'il était croyant et favorable au maintien du crucifix au Salon bleu.

«Ça fait partie de nos traditions, ça fait partie de notre patrimoine et à un moment donné, on ne peut pas tout foutre par-dessus bord», a-t-il dit.

M. Legault s'est montré favorable à une charte de la laïcité qui assurerait l'égalité entre les hommes et les femmes et garantirait que les fonctionnaires en position d'autorité, comme les juges et les policiers, ne portent pas de signes religieux ostentatoires.

Dans Trois-Rivières, Mme Benhabib, qui a grandi en Algérie avant d'arriver au Québec en 1997, tentera de ravir la circonscription à la députée libérale sortante, Danielle St-Amand, qui l'avait emporté sur son rival péquiste par une majorité de 960 voix, en 2008.

Mme Marois a voulu dissiper tout malaise que la candidature de Mme Benhabib, qui réside en Outaouais, pourrait causer dans Trois-Rivières, où d'autres candidats péquistes avaient été pressentis.

«Je crois que les gens de la Mauricie sont aussi ouverts que n'importe quel autre citoyen du Québec, prêts à accueillir une nouvelle Québécoise qui elle-même a fait le choix du pays du Québec», a-t-elle dit.

Le journal algérien El-Watan, avec lequel Mme Benhabib a collaboré, a écrit mardi sur son site Internet que «son combat pour la laïcité sur le modèle français, à contre-courant du modèle multiculturaliste canadien, pourrait la propulser à un poste de ministre dans le prochain gouvernement».

INOLTRE SU HUFFPOST

Pauline Marois en campagne