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Morsi a joué sur des divisions dans l'armée et le choc de l'attaque du Sinaï

13/08/2012 09:53 EDT | Actualisé 13/10/2012 05:12 EDT

Le président égyptien Mohamed Morsi a pu jouer sur des rivalités au sein d'une hiérarchie militaire en déclin, affaiblie par la récente attaque dans le Sinaï, pour écarter le maréchal Tantaoui, ministre de la Défense depuis 20 ans, estimaient lundi des analystes.

L'annonce de la mise en retraite du maréchal, à la tête du Conseil suprême des forces armées (CSFA), et du "numéro deux" de cette instance, le chef d'état-major Sami Anan, a marqué de manière spectaculaire une volonté du président islamiste de mettre au pas l'appareil militaire avec qui il était en conflit.

Pour cela, M. Morsi a pu bénéficier de rivalités entre généraux et d'un déclin jusqu'à présent bien caché de la "vieille garde" militaire, tout en cherchant à ménager une sortie honorable à ceux mis à l'écart.

"La décision de Morsi de faire tomber Tantaoui et Annan confirme que le CSFA était en fait impuissant, qu'il était un tigre de papier" écrit l'un des éditorialistes égyptiens les plus en vue, Ibrahim Eissa, dans le quotidien al-Tahrir.

Des mises à l'écart aussi rapides, difficiles à imaginer encore la veille, "se sont finalement révélées plus faciles que d'éteindre une cigarette", ajoute-t-il.

"Même si MM. Tantaoui et Anan voulaient résister, mobiliser des troupes ou refuser cette décision, je pense que cela serait très improbable compte tenu de la manière dont les choses se sont déroulées", estime Gamal Salama, qui dirige le département de Sciences politiques de l'université de Suez.

"Les deux hommes ont reçu les plus hautes décorations égyptiennes, et ont été recrutés comme conseillers de la présidence, ce qui est rassurant même s'il s'agit d'une position honorifique", souligne-t-il.

Trois autre officiers sortis du CSFA -le chef de la marine le vice-amiral Mohab Mamich, le commandant de la défense anti-aérienne Abdelaziz Saif el-Dine et le chef de l'aviation militaire Reda Mahmoud Hafez- ont reçu de hautes positions dans le secteur public en compensation.

M. Mamich prend ainsi la tête de l'importante et prestigieuse administration du canal de Suez, l'une des principales sources de revenus de l'Egypte.

D'autres membres du CSFA prennent du galon dans le gouvernement, en particulier le chef du renseignement militaire, le général Abdel Fattah al-Sissi, nommé ministre de la Défense.

De nombreux médias relevaient que le maréchal Tantaoui, 76 ans et vétéran de trois guerres israélo-arabes, était remplacé à ce ministère par un général quinquagénaire, marquant un saut de génération au détriment de la "vieille garde".

Certains titres rappelaient aussi que le général al-Sissi avait été accusé en juin par un commentateur proche de certains cercles militaires d'être un membre caché des Frères musulmans, une information toutefois officiellement démentie par le CSFA sur sa page Facebook.

Un autre membre du CSFA, le général Mohamed el-Assar, est promu adjoint au nouveau ministre de la Défense.

Tous ces mouvements "font supposer une forme d'entente préalable entre le président et certains membres du haut conseil militaire" pour redistribuer les cartes au sommet de la hiérarchie et mettre Tantaoui sur la touche, estime le politologue Moustafa Kamel el-Sayyed, de l'université du Caire.

Une source militaire citée par l'agence officielle Mena a assuré dimanche que ces décisions avaient été prises "en coordination et après des consultations avec les forces armées".

L'attaque, attribuée à des "terroristes", qui a coûté la vie à 16 soldats le 5 août dans le Sinaï, à la lisière d'Israël et de la bande de Gaza, a quant à elle mis en lumière de lourdes carences en matière de sécurité aux frontières et a pu aussi plaider pour un remaniement au sein de la direction militaire.

"Cette attaque a porté atteinte au prestige du commandement et rendu le terrain propice à des changements", affirme M. Kamel el-Sayyed.

M. Morsi avait d'ailleurs, au lendemain de ces événements, déjà limogé le chef des services de renseignements, le général Mourad Mouafi.

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