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La "purge" menée par le président égyptien Morsi inquiète Israël

13/08/2012 05:35 EDT | Actualisé 13/10/2012 05:12 EDT

Le limogeage de responsables militaires égyptiens ordonné dimanche par le président Mohamed Morsi suscitait lundi l'inquiétude en Israël, responsables politiques et éditorialistes craignant les conséquences militaires et politiques de ce "séisme".

"Il est prématuré de faire des évaluations car tout est en devenir en Egypte, mais nous suivons de très près et avec quelque inquiétude ce qui s'y passe", a affirmé à l'AFP un responsable gouvernemental sous couvert de l'anonymat.

"La coopération militaire est plus nécessaire que jamais pour rétablir l'ordre à la frontière et dans le Sinaï. La nouvelle hiérarchie militaire égyptienne le sait mais la question est de savoir ce que veulent les dirigeants égyptiens", a-t-il souligné.

Selon lui, "cette question est sans réponse, car le nouveau gouvernement égyptien refuse tout contact avec Israël. C'est inquiétant car l'absence de canaux de discussions pourrait avoir un impact très négatif dans le volet palestinien, où l'Egypte a toujours joué un rôle primordial".

L'islamiste Morsi a créé la surprise en annulant des dispositions accordant de vastes pouvoirs à l'armée et en écartant le maréchal Tantaoui, ministre de la Défense qui fut chef d'Etat de fait après la chute de Hosni Moubarak.

Ce coup de théâtre intervient alors que l'Egypte fait face à une grave crise dans le Sinaï, où 16 de ses gardes-frontières ont été tués le 5 août près de la frontière avec Israël et Gaza.

Pour Alex Fishman, expert des questions de défense du quotidien Yédiot Aharonot à gros tirage, la nouvelle donne en Egypte est "un séisme, dangereux pour Israël", tandis que le quotidien populaire Maariv y voit "une purge qui n'est pas de bon augure pour Israël".

Maariv souligne que le nouveau ministre égyptien de la Défense, Abdel Fattah el-Sissi, "est très familier des responsables israéliens de la sécurité", notamment de son homologue Ehud Barak et de Yitzhak Molcho, émissaire spécial du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Mais selon ces mêmes commentateurs, M. Sissi était considéré par ses interlocuteurs israéliens comme "très critique et froid envers Israël".

Shaoul Mofaz, chef de l'opposition et dirigeant du parti centriste Kadima, a estimé sur la radio militaire que "l'intérêt d'Israël, en cette période de changements en Egypte, est de préserver le traité de paix (de 1979) et de déployer des efforts énormes pour coopérer avec ce pays dans les domaines de l'économie, de la sécurité et du renseignement".

"Le président Morsi est un homme rationnel et il sait qu'Israël et l'Egypte ont intérêt à coopérer dans le Sinaï (...) Israël peut aider l'armée égyptienne", a-t-il ajouté.

Egalement sur la radio, Shimon Shamir, ex-ambassadeur israélien au Caire, a jugé que M. Morsi "est issu des Frères musulmans et, foncièrement, il ne peut pas admettre la légitimité d'Israël, même si pragmatiquement il doit s'en accommoder".

Pour Oded Granot, expert des questions arabes de Maariv, "le problème principal dans les relations israélo-égyptiennes à l'ère Morsi demeure le refus de l'Egypte de nouer des liens politiques avec Israël, hormis dans le domaine de la coopération militaire".

ChW/agr/sbh/cco

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