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Egypte: le patron d'une chaîne et un journaliste jugés pour offense à Morsi

13/08/2012 10:51 EDT | Actualisé 13/10/2012 05:12 EDT

Le Parquet général égyptien a annoncé lundi avoir déféré devant la justice le patron d'une chaîne privée et le rédacteur en chef d'un quotidien indépendant pour offense au président Mohamed Morsi.

Tewfik Okacha, le propriétaire de la télévision Al-Faraïn (Les Pharaons), très hostile aux Frères musulmans dont est issu M. Morsi et au président lui-même, est accusé d'avoir "incité au meurtre" du chef de l'Etat, a indiqué le porte-parole du Parquet, Adel Saïd.

Islam Afifi, le rédacteur en chef d'Al-Dostour, se voit pour sa part reprocher d'avoir publié "des informations et rumeurs mensongères" ayant porté atteinte au chef de l'Etat et pouvant "nuire à l'intérêt général et déstabiliser" l'Egypte.

Les deux hommes, visés par plusieurs plaintes, devront comparaître devant le tribunal pénal du Caire, selon M. Saïd.

Le porte-parole du Parquet a précisé que l'enquête avait apporté des preuves "verbales et matérielles confirmant les crimes" des deux hommes.

Dimanche, le Parquet avait annoncé les avoir placés sur la liste des personnes interdites de voyager.

Al-Faraïn a été frappée il y a quelques jours d'une suspension d'un mois et pourrait être définitivement fermée après que son patron, qui présente une émission, a été accusé d'avoir "incité au meurtre du président Morsi et au renversement du pouvoir".

Samedi, la justice avait en outre demandé de saisir les exemplaires du quotidien Al-Dostour.

"Je crois que cela montre que la confrérie (des Frères musulmans) ne supporte pas qu'on s'oppose à elle", avait alors déclaré M. Afifi. Cette affaire "est un danger pour la liberté d'expression et de la presse", avait-il ajouté à l'AFP.

Jeudi dernier, trois journaux indépendants avaient publié des encarts blancs à la place de leurs habituels éditoriaux pour dénoncer une volonté selon eux de contrôle des médias de la part des Frères musulmans.

"Cet encart reste blanc pour protester contre la tentative des Frères d'imposer leur contrôle à la presse et aux médias appartenant au peuple égyptien", avait écrit al-Watan, l'un des trois titres avec al-Tahrir et al-Masry al-Youm à ne pas publier d'éditoriaux.

Ces journaux reprochent aux islamistes "de procéder comme le faisait le parti du président" Hosni Moubarak, déchu en février 2011 sous la pression d'une révolte populaire.

Ce mouvement de protestation faisait suite à la nomination par la chambre haute du Parlement, la Choura, dominée par les islamistes, des directeurs et rédacteurs-en-chef des titres de la presse gouvernementale, dont plusieurs personnes proches des islamistes.

Cette procédure de nomination par la chambre haute avait déjà cours sous l'ancien régime.

Cette grogne survient également dans un climat de contestation du nouveau ministre de l'Information, Salah Abdel Maksoud Metwalli, issu de la formation politique des Frères musulmans, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ).

Le ministre a été mis en cause à la suite de la diffusion, dans un programme de la télévision d'Etat, des propos d'un commentateur israélien, un tabou en Egypte où une grande partie des intellectuels et de l'opinion reste hostile à toute "normalisation culturelle" avec l'Etat hébreu, malgré la paix signée en 1979.

Le ministre a dû annoncer une enquête sur la présence de cet intervenant israélien, qui s'exprimait au téléphone, et promettre que cela ne se reproduirait pas.

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