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Présidentielle américaine: le choix de l'idéologue Ryan clarifie les enjeux

12/08/2012 12:56 EDT | Actualisé 12/10/2012 05:12 EDT

WASHINGTON - En prenant Paul Ryan pour colistier, Mitt Romney se raccroche à l'aile droite des républicains et clarifie la bataille présidentielle à trois mois du scrutin de novembre. Ce choix très politique, destiné à rassurer la base de l'électorat conservateur, offre désormais une alternative très nette aux Américains, qui devront départager deux visions totalement opposées de la taille et du rôle du gouvernement fédéral.

Le nom de Paul Ryan, élu de la Chambre des Représentants, est en effet indissociable de son projet de budget très radical pour réduire le déficit en taillant dans les dépenses sociales, les aides aux défavorisés et Medicare, l'assurance-maladie pour les personnes âgées, tout en baissant les impôts des sociétés comme des particuliers.

C'est un peu le rêve du Tea Party devenu réalité: le projet Ryan retranscrit les revendications de ce mouvement populiste conservateur qui réclame moins d'impôt et moins d'Etat.

"L'Amérique, ce n'est pas juste un endroit... C'est une idée", a lancé Paul Ryan samedi en Virginie pour son premier meeting avec Mitt Romney. "Nos droits viennent de la Nature et de Dieu, pas du gouvernement. Nous promettons l'égalité des chances, pas l'égalité des revenus".

Le démocrate Barack Obama, qui ne manque pas de présenter l'élection de novembre comme un choix majeur pour le pays, a dénoncé l'approche budgétaire de Paul Ryan, "du darwinisme social à peine voilé". Le budget Ryan, "c'est l'antithèse de notre histoire tout entière en tant que terre d'opportunité et d'ascension sociale pour tout ceux qui veulent y travailler, une terre où la prospérité ne descend pas d'en haut au compte-goutte, mais s'épanouit au coeur de la classe moyenne", avait lancé en avril le président sortant.

A 42 ans, Paul Ryan, qui préside la Commission du Budget, est l'un des idéologues conservateurs de la Chambre des Représentants. Son choix va sans doute ravir la base de l'électorat républicain toujours méfiante vis-à-vis de Mitt Romney, jugé pas assez conservateur. Elle n'a pas oublié que lorsqu'il était gouverneur du Massachusetts avait lancé dans son Etat un programme d'assurance-maladie, surnommé depuis le Romneycare, qui ressemblait beaucoup à la réforme de santé que M. Obama a ensuite fait adopter au niveau fédéral malgré l'opposition farouche des républicains.

Des tribunes dans le "Wall Street Journal" aux simples militants, les conservateurs étaient nombreux ces derniers jours à réclamer Paul Ryan à grands cris. Mitt Romney n'avait pas de temps à perdre, les sondages donnant un léger avantage à Barack Obama et montrant que le nombre d'électeurs indécis commence à diminuer.

Pour autant, le choix de Paul Ryan n'est pas sans risque politiquement. Et les démocrates n'ont pas tardé à attaquer le point sensible, la réforme de Medicare, le programme d'assurance-maladie pour les personnes âgées.

Son projet de budget remplacerait le système actuel, dont bénéficient les seniors du pays depuis des décennies, par un système de bons l'ouvrant davantage au privé. Il entrerait en vigueur dans dix ans pour les nouveaux bénéficiaires, c'est-à-dire ceux qui ont moins de 55 ans aujourd'hui. Le plan prévoit également de repousser progressivement de 65 à 67 ans l'âge à partir duquel il est possible de bénéficier de Medicare.

"Ryan est l'architecte du projet de budget extrémiste de Romney qui mettrait fin à Medicare tel que nous le connaissons, et augmenterait le coût des soins pour les seniors de Floride de plusieurs milliers de dollars chaque année", a accusé Rod Smith, président du Parti démocrate de Floride, terre d'élection des retraités américains. Le message risque d'avoir une résonance particulière dans des Etats stratégiques pour la présidentielle comme la Floride, l'Iowa ou la Pennsylvanie, là où se trouvent les plus fortes concentrations de plus de 65 ans.

Les démocrates ne devraient pas manquer de rappeler que le projet Ryan avait suscité aussi de vives critiques au sein même du camp républicain, notamment de la part de l'ancien président de la Chambre des Représentants Newt Gingrich, ancien candidat aux primaires républicaines, qui avait ensuite présenté ces excuses.

M. Gingrich n'en avait pas moins déploré "un trop grand saut", ajoutant: "Je ne crois pas qu'imposer un changement radical par la droite ou la gauche soit une très bonne façon de fonctionner pour une société libre".

Les républicains voient dans Ryan, catholique du Wisconsin qui pourrait séduire les ouvriers, un colistier très complémentaire pour Romney, multimillionnaire mormon.

Mais l'épiscopat américain n'a pas vraiment apprécié le projet de budget de Ryan, qui réduirait Medicaid, la couverture de santé pour les plus démunis, les coupons alimentaires qui leur permettent de faire des courses, les bourses Pell pour les étudiants et toute une série de programmes qui viennent directement en aide aux Américains sans ressources.

Si Paul Ryan dit s'être inspiré des préceptes sociaux du catholicisme, le père Thomas Reese, un théologien jésuite de l'université de Georgetown, estime qu'il n'en est rien. "Je crains que le budget du Représentant Ryan ne reflète davantage les valeurs de sa philosophe favorite Ayn Rand que celles de l'Evangile de Jésus-Christ", a-t-il écrit. "La survie des plus adaptés, ça convient peut-être aux darwinistes sociaux, mais pas à ceux qui suivent l'évangile de la compassion et l'amour".

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