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JO-2012: Les Britanniques s'abandonnent à un éphémère "feel good factor"

12/08/2012 06:27 EDT | Actualisé 12/10/2012 05:12 EDT

Les Britanniques ont célébré dans une débauche de médailles, de God Save the Queen et d'Union Jacks leurs troisièmes jeux Olympiques, à l'organisation exemplaire, savourant leur triomphe avec une euphorie d'autant plus intense qu'elle s'annonce éphémère.

"Nous n'avons pas seulement assuré, nous avons resplendi", s'extasiait dimanche au dernier jour des JO le Premier ministre conservateur David Cameron. Tandis que son prédécesseur travailliste Tony Blair exultait: "La leçon, c'est que l'ambition est toujours récompensée".

Tous célèbrent le "feel good factor", un état de grâce qui a galvanisé le patriotisme et renvoyé une image éminemment positive du pays, deux mois après les fastueuses célébrations du jubilé de diamant d'Elizabeth II.

Comme pour le bug informatique du passage à l'an 2000, le pire était parfois annoncé. Or ce fut un quasi sans-faute, si l'on excepte quelques couacs de billetterie.

Les transports publics sursaturés ont certes connu leur lot quotidien de défaillances, mais l'effondrement annoncé ne s'est pas produit.

De même, la mobilisation de 40.000 militaires, policiers et gardes privés --sans précédent en temps de paix-- a conféré un sentiment de sécurité sans pour autant gâcher la fête de l'avis général.

Et trois mois de pluviométrie record ont miraculeusement cédé la place à un été anglais relativement clément.

Surtout, les Britanniques --réticents voire hostiles à l'organisation du "plus grand show sportif au monde" d'un coût de 12 milliards d'euros en pleine récession-- se sont pris aux Jeux. Pas peu fiers des succès historiques de la Grande-Bretagne, 3e au tableau des médailles derrière les Etats-Unis et la Chine.

"Je suis un homme comblé", a reconnu le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge. "C'est toute une ville qui participe à la fête", encadré par une armée de 70.000 volontaires.

Au panthéon sportif du Royaume multi-culturel, trois champions se sont particulièrement distingués: la tête d'affiche Jessica Ennis, métisse anglo-jamaïcaine couronnée à l'heptathlon; Mo Farah, vainqueur sur 5000 m et 10.O00 m, musulman d'origine somalienne porté par l'incroyable clameur du stade; le très anglais Ben Ainslie, sacré "plus grand marin de tous les temps" par Rogge, après une 4e médaille d'or.

Le contraste est saisissant. Il y a tout juste un an, le monde contemplait un Royaume désuni en proie à ses pire émeutes urbaines en un quart de siècle.

Un été plus tard, à Weymouth, les fans de voile chantaient à gorge déployée "Rule Britannia", l'hymne national-bis, évocateur d'une Angleterre impériale.

La reine a contribué à fédérer ses sujets dès la cérémonie d'ouverture à l'excentricité résolument british. Ovationnée quand elle s'est prêtée à un simulacre de parachutage sur le stade en compagnie de James Bond, quintessence du héros national.

Mais la majorité des observateurs sont moins optimistes en évoquant l'inéluctable descente de l'Olympe.

Sebastian Coe, patron de l'organisation des JO de 2012, a été chargé d'en assurer le suivi. L'ambition c'est que l'esprit olympique "ne dure pas seulement le temps d'un été, mais s'installe pour de bon", a expliqué M. Cameron. Concrètement, il escompte 16,5 milliards d'euros de retombées, en investissements notamment.

Il faudra cependant attendre des années pour connaître l'impact véritable des Jeux. Qu'il s'agisse de la régénérescence de l'est de Londres déshérité ayant accueilli le parc olympique, ou de la promotion de la pratique des sports.

David Cameron a lui-même souffert de la comparaison avec le vibrionnant maire de Londres Boris Johnson, champion de l'auto-promotion désormais perçu comme un rival premier-ministrable.

"Et si les JO peuvent marginalement aider le gouvernement à court terme, l'effet se dissipera" face aux réalités de la crise économique et des menaces d'implosion de la coalition au pouvoir, a expliqué à l'AFP le politologue Tony Travers.

D'autant qu'après des Jeux "enthousiasmants (...) les nuages orageux continuent d'arriver en provenance de la zone euro" a cru bon de rappeler le patron de la banque d'Angleterre Mervyn King.

Les JO ont entretenu "un sentiment de communauté, de solidarité" au moment où la Grande-Bretagne est taraudée par son appartenance à l'Europe, l'hypothétique indépendance de l'Ecosse ou les questions d'immigration. "Dans six semaines, les gens se plaindront des mêmes sujets qu'en février dernier", avertit Michael Skey, sociologue spécialiste des questions d'identité nationale à l'Université d'East London.

bur-dh/el

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