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Des Etats-Unis à la Syrie, déconvenues d'un Syrien se rêvant chef rebelle

12/08/2012 04:02 EDT | Actualisé 11/10/2012 05:12 EDT

Haitham Qedmati misait sur son "Armée de libération" pour faire basculer le conflit syrien. Depuis la Turquie, il assurait diriger des milliers de rebelles, mais une fois en Syrie, grosse déconvenue: à peine quelques hommes débraillés ont répondu à son appel.

M. Qedmati, qui porte un austère uniforme militaire kaki sans aucun insigne, a abandonné son travail d'analyste financier en Caroline du Nord pour venir fédérer les forces hostiles au régime syrien.

"Nous avons lancé l'Armée de libération syrienne l'année dernière. Au début, on nous a accusés de briser les rangs", raconte-t-il dans son bureau à Reyhanle, en Turquie, quelques heures avant de traverser la frontière pour vivre ce qu'il espérait être un jour historique.

"Nous avons gagné en ampleur ces derniers mois, nous avons unifié différents groupes et formé près de 400 brigades avec un total de 50.000 combattants", se vante-t-il encore.

Traverser la frontière grâce à un trafiquant turc est finalement chose facile, ce n'est qu'une fois en Syrie que la tâche se complique.

Au lieu des 3.000 combattants équipés d'armes rutilantes qu'il dit attendre, à peine une centaine d'hommes a répondu à l'appel, certains avec une vieille kalachnikov ou un revolver, la plupart sans aucune arme.

Sous une tente pour se protéger du soleil brûlant, M. Qedmati fait de son mieux pour expliquer l'échec d'une révolution qui tente, en vain, depuis 17 mois de renverser le président Bachar al-Assad.

"Je dis aux rebelles: 'voulez-vous libérer les Syriens ou les tuer tous?'", lance celui qui se fait appeler Abou Saïd.

"Il n'y a aucune zone libérée à Alep, les rebelles sont assiégés. Ils auraient dû se battre pour les routes, couper les voies de ravitaillement. Ils participent à la destruction des villes car ils n'ont aucun plan", martèle l'homme, né à Alep (nord), où les combats entre armée et insurgés font rage pour prendre ce centre économique crucial dans le conflit.

"Nous avons besoin d'une zone sûre d'où nous pouvons combattre le régime, nous avons besoin d'un Benghazi", dit-il, en faisant référence au bastion insurgé dans l'est de la Libye, d'où les rebelles ont lancé leur offensive victorieuse contre Mouammar Kadhafi en 2011.

M. Qedmati a fait plusieurs séjours en prison sous le règne de Hafez al-Assad, père de l'actuel chef de l'Etat, avant d'émigrer aux Etats-Unis, où il a travaillé comme ingénieur notamment à New York et Washington.

En 2005, ce père de sept enfants est devenu l'un des 19 membres fondateurs du Conseil national syrien, un groupe n'ayant rien à voir avec la coalition majeure de l'opposition aujourd'hui en place.

La même année, il a organisé, dit-il, les deux premières manifestations contre Assad et le parti Baas au pouvoir. "Peu de gens sont venus", se souvient-il.

Sept ans plus tard, ses partisans se font à nouveau peu nombreux. Cette fois, la raison semble moins être la peur de la répression que les idées professées par M. Qedmati.

Il fait tiquer une partie de ses compatriotes quand il prêche pour que la Syrie soit en paix avec tous ses voisins, --"et je n'ai pas peur de le dire, Israël", dit-il-- ou quand il assure qu'il n'y a "que des différences infimes" entre la charia, la loi islamique, et la Constitution américaine.

Alors que les esprits s'échauffent sous la tente, certains combattants expriment leur frustration de se voir donner des leçons plutôt que des armes pour combattre le régime.

D'autres partent: "Je ne pense pas que cela puisse fonctionner. Nous avons une guerre à gagner", dit l'un d'eux.

jmm/cco/sbh

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