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Washington et Ankara se préparent en cas de scénario catastrophe en Syrie

11/08/2012 05:26 EDT | Actualisé 11/10/2012 05:12 EDT

ISTAMBUL, Turquie - La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et son homologue turc Ahmed Davutoglu ont annoncé samedi la création d'un groupe de travail entre les deux pays pour se préparer à d'éventuels scénarios catastrophe en Syrie, comme l'usage d'armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad contre ses adversaires.

Il est temps de passer à une "préparation opérationnelle très intensive", a souligné Hillary Clinton. "Nous avons suivi en coordination étroite l'évolution de ce conflit, mais maintenant nous devons entrer dans les détails concrets d'une telle préparation opérationnelle. Cela doit être fait entre nos deux gouvernements".

Si le Département d'État et le ministère turc des Affaires étrangères ont déjà travaillé ensemble sur la question, le nouveau groupe de travail permettra d'impliquer davantage les armées et les services de renseignement des deux pays.

Parmi les scénarios du pire, les deux pays s'accordent sur la nécessité de se préparer à l'éventualité "horrible" d'un usage d'armes chimiques, a précisé Hillary Clinton. "Qu'est-ce que cela voudrait dire en terme de réponse, d'aide humanitaire et médicale d'urgence, et bien sûr que faut-il faire pour sécuriser ces stocks et empêcher qu'ils soient jamais utilisés ou qu'ils ne tombent entre de mauvaises mains".

En juillet, le ministère syrien des Affaires étrangères avait brandi la menace d'une utilisation d'armes chimiques ou biologiques en cas d'attaque étrangère, tout en assurant que le régime syrien n'emploierait jamais de telles armes contre son propre peuple. C'est la première fois que Damas reconnaissait ouvertement ce que beaucoup soupçonnait depuis longtemps, c'est-à-dire que la Syrie possède des armes de destruction massive.

Le gouvernement syrien a ensuite tenté de faire marche arrière et de revenir à sa position précédente qui consistait à ne pas démentir ni confirmer détenir des armes non conventionnelles.

La Syrie est soupçonnée de détenir des agents neurologiques ainsi que du gaz moutarde, des missiles Scud capable de porter des armes chimiques, ainsi qu'une gamme d'armes conventionnelles sophistiquées comme des missiles portables de défense anti-aériennes.

Hillary Clinton a souligné l'importance de ne pas prendre de mesures risquant de provoquer des "assauts encore plus importants et d'un genre plus horrible encore". "Nous devons être très prudents", a-t-elle insisté. Il faut toujours "garder à l'esprit que notre objectif numéro un est de précipiter la fin du bain de sang et du régime d'Assad".

Ahmet Davutoglu a paru sous-entendre de son côté qu'une "zone de sécurité" pourrait éventuellement être créée à l'intérieur de la Syrie, si la crise humanitaire entraîne un afflux massif de réfugiés exposés à des attaques du régime. "S'il y a une énorme vague de migration de réfugiés, alors nous peut-être besoin d'établir un mécanisme à l'intérieur de la Syrie afin d'assurer une protection humanitaire", a-t-il dit.

D'ores et déjà, 55 000 Syriens se sont réfugiés en Turquie, a-t-il précisé, et entre 2000 et 3000 personnes arrivant chaque jour dans ce pays frontalier de la Syrie. Les récentes arrivées viennent de la ville assiégée d'Alep dans le nord du pays et des villages avoisinants, ainsi que d'autres villes comme Idlib et Lattaquié.

Les deux responsables ont aussi souligné l'importance de préparer une transition politique. Washington et Ankara craignent que des groupes extrémistes ne puissent profiter d'un possible vide du pouvoir en Syrie en cas d'un éventuel départ du président Bachar el-Assad. La Turquie en particulier craint les séparatistes kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), qui possèdent déjà des bases dans le nord de l'Irak. "Nous partageons la détermination de la Turquie à veiller à ce que la Syrie ne devienne pas un refuge pour les terroristes du PKK que ce soit maintenant ou après le départ du régime Assad", a insisté Mme Clinton.

Avant de parler à la presse, les deux chefs de la diplomatie avaient rencontré des réfugiés syriens pour discuter de leurs besoins. Mme Clinton a rencontré séparément six militants de l'opposition, dont trois qui ont quitté la Syrie dans le mois écoulé.

D'après des responsables américains qui ont requis l'anonymat, l'administration Obama prépare de nouvelles sanctions contre le régime du président syrien Bachar el-Assad. Elles interviendront en complément de sanctions existantes, visant le cercle proche de Bachar el-Assad, dont tous les membres de son gouvernement.

La cheffe de la diplomatie américaine doit également annoncer lors de son déplacement à Istanbul une aide humanitaire supplémentaire de 5,5 millions de dollars, portant à 82 millions de dollars l'assistance fournie par les États-Unis depuis le début du soulèvement, en mars 2011.

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