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Synchro Canada proposera à la FINA de simplifier la façon de juger les nageuses

11/08/2012 05:50 EDT | Actualisé 11/10/2012 05:12 EDT

LONDRES - Synchro Canada va déposer cet automne, auprès de la FINA, une proposition officielle de changement aux règlements visant à simplifier la tâche des juges, a appris La Presse Canadienne.

Des démarches ont déjà été entreprises afin de tâter officieusement le pouls du comité technique de la Fédération internationale des sports aquatiques et de solliciter l'appui des autres pays du continent panaméricain. C'est ce qu'a fait savoir Catherine Gosselin-Després, chef de la direction de Synchro Canada, lors d'une entrevue accordée en primeur au Centre aquatique des Jeux olympiques de Londres, après que l'équipe canadienne de nage synchronisée eut terminé au quatrième rang de l'épreuve par équipes.

Synchro Canada va bientôt entreprendre la rédaction des changements proposés afin d'en faire la présentation formelle au comité technique de la FINA en novembre. On espère qu'en bout de ligne les pays membres pourront l'adopter lors d'une assemblée qui sera tenue à l'occasion des championnats du monde de 2013.

«On travaille présentement avec notre personnel technique, des juges et des entraîneurs pour essayer de formuler ça par écrit», a indiqué Gosselin-Després.

Les dirigeants de la nage synchronisée canadienne estiment qu'un nouveau système de pointage, implanté en 2010, a rendu la tâche des juges trop difficile. Essentiellement, ceux-ci doivent poser trois regards différents de façon silmutanée sur les programmes présentés par chaque pays au cours d'une compétition. On oblige donc les juges, estime-t-on chez Synchro Canada, à analyser trop d'éléments d'information à la fois. Cela fait en sorte, croit-on, que bien des juges ne donnent pas des notes qui reflètent réellement ce qui se passe dans la piscine.

«Avant, les juges n'avaient qu'une note à remettre. C'est maintenant devenu beaucoup plus complexe pour un juge d'analyser ce qui se passe dans l'eau au moment-même où il le voit. Nous, on considère que c'est trop d'information à saisir pour un juge afin qu'il puisse donner une note qui veut vraiment dire quelque chose, a expliqué Gosselin-Després. Le problème, aussi, c'est qu'on n'a pas fait nécessairement assez de formation auprès des juges quand on a implanté le nouveau système.

«Les juges ont été obligés de s'adapter très vite. Mais forcer un juge à changer alors qu'il a jugé pendant 20 ans de la même manière, je ne suis pas sûre que ça se fasse instantanément, a ajouté la haute dirigeante de Synchro Canada. Depuis que ce système-là est en place, on a l'impression — même si on n'a pas de preuves concrètes — que certains juges étudient les notes et qu'ils 'préjugent' les compétitions.»

Le résultat, souvent, c'est que des juges vont rester très prudents. Très rarement attribueront-ils une note de 9,8 pour une composante et de 9,2 pour une autre composante à un même pays. Ils se limitent à attribuer des notes qui varient de quelques dixièmes de point tout au plus.

«Ce n'est pas nécessairement mauvais, ce qu'on a implanté. Mais ça n'a pas été testé de façon exhaustive avant qu'on l'implante. Et tout le monde a été obligé de s'adapter sans véritable formation visant à faire comprendre ce qu'il y avait à évaluer», a souligné Gosselin-Després.

Synchro Canada a mis à l'essai un système de pointage simplifié lors des championnats canadiens, plus tôt cette année, et selon Gosselin-Després la réaction des juges a été positive. Et ce, tant du côté des juges canadiens présents que des juges de l'étranger qui ont été invités pour l'occasion.

«On a enlevé des composantes dans chacune des notes pour que ce soit plus facile pour le cerveau d'appréhender l'information. Notre manière de le faire a donné lieu à un 'feedback' vraiment positif», a indiqué Gosselin-Després, qui souhaite que Synchro Canada soit perçu par la FINA comme une entité qui ne cherche pas à contester le système, mais qui essaie plutôt «d'améliorer ce qui est déjà en place».

«On considère que les juges sont capables de regarder plus d'une chose à la fois, mais on propose d'enlever des composantes pour que ce soit plus facile. Une autre possibilité, c'est qu'on rajoute des juges qui, eux, seront chargés d'analyser d'autres composantes, pour que tout le monde puisse fonctionner de façon plus objective.»

Gosselin-Després s'est dit optimiste que la proposition canadienne soit bien reçue par la FINA. Elle dit croire aux bonnes intentions de la haute direction de la Fédération, qui a l'autorité pour dicter une ligne de conduite au comité technique de la FINA.

«Ils veulent faire évoluer le sport, ils veulent en faire un spectacle, ils veulent que ce soit transparent et juste, a-t-elle affirmé. C'est juste qu'on dirait qu'ils ne savent pas toujours comment faire pour que ce soit mieux. On dirait qu'ils ne bougent pas, à moins qu'il y ait du leadership qui vienne de la base.»

La direction de Synchro Canada est par ailleurs fort consciente qu'il ne faudrait pas que la nage synchronisée néglige trop longtemps de régler les problèmes qui minent sa crédibilité, puisque cela risquerait de mener à une situation où le CIO pourrait lui commander de faire le ménage comme on l'a fait pour le patinage artistique. Ce sport d'hiver soulevait également des doutes quant à la façon de fonctionner des juges, il y a quelques années. On a ensuite procédé à une réforme.

«Il faut que la FINA montre qu'elle prend les devants afin de régler les problèmes qui se présentent, a déclaré Gosselin-Després. Moi, en tant que fédération membre, je trouve que c'est correct tant et aussi longtemps qu'on fait ça. Il ne faut pas qu'ils ignorent le problème, sinon c'est là qu'ils vont perdre le support de leurs fédérations nationales.»

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