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Pauline Marois envisage la fin de l'amiante, mais est sensible aux travailleurs

11/08/2012 11:50 EDT | Actualisé 11/10/2012 05:12 EDT

TERREBONNE, Qc - La chef péquiste Pauline Marois a déclaré samedi qu'il faut envisager la fin de l'exploitation de l'amiante chrysotile, mais elle veut aussi ménager la sensibilité des travailleurs qui vont profiter de la relance d'une mine d'où sera extraite cette fibre minérale controversée.

Mme Marois a affirmé qu'elle avait été choquée de voir que les libéraux ont accordé un prêt de 58 millions $ pour redémarrer Mine Jeffrey, située dans les Cantons-de-l'Est.

Mais elle n'est pas allée aussi loin que le chef caquiste François Legault qui a déclaré vendredi qu'il fallait «a priori» cesser l'exploitation de l'amiante. Samedi, M. Legault en a rajouté en s'opposant à l'exportation de ce produit, qui est notamment acheminé dans des pays où les normes de sécurité sont difficiles à faire respecter.

Lors d'un point de presse à Terrebonne, la chef péquiste a répété qu'elle souhaite qu'une commission parlementaire se penche sur les risques liés à l'utilisation de l'amiante chrysotile, qui sert entre autre à la fabrication de matériaux de construction.

Mais avant même que le sujet soit abordé, Mme Marois a montré qu'elle s'attend à ce que l'option retenue soit de mettre un terme à l'exploitation de l'amiante, pour diversifier l'économie régionale.

«Je crois que c'est plutôt sur ce tableau-là, qu'il faut actuellement travailler, essayer de voir comment dans cette région, on peut progressivement ou complètement se débarrasser de l'exploitation de l'amiante, a-t-elle dit. Parce que sans doute que les conclusions qui vont être tirées vont aller dans ce sens-là.»

Mme Marois s'est montrée sensible aux travailleurs qui pourront bénéficier, à partir de 2013, de la relance de la mine située à Asbestos dans la circonscription de Richmond, actuellement dans le giron libéral.

«On les comprend et il faut être sensible à ça, a-t-elle dit. On ne peut pas dire: ce n'est pas important, ça ne nous dérange pas que vous n'ayez pas de job, ce n'est pas vrai.»

Candidat dans la circonscription de Saint-François, dans les Cantons-de-l'Est, le docteur Réjean Hébert a pour sa part déclaré qu'un «débat social» est nécessaire, même si l'avis scientifique pointe vers les risques de cancer liés à l'utilisation de l'amiante chrysotile.

«Les scientifiques ont leur position, ce n'est pas possible de l'utiliser de façon sécuritaire, a-t-il dit lors de la conférence de presse. Moi j'ai hâte d'entendre l'industrie, j'ai hâte d'entendre le milieu socio-économique voir ce qu'ils ont à répliquer là-dessus et j'ai hâte qu'on puisse prendre une position ferme là-dessus.»

En juillet, les libéraux ont annoncé leur soutien financier à Mine Jeffrey, située dans la circonscription de Richmond, où le ministre Yvon Vallières a choisi de ne pas se représenter, après avoir y été élu pour la première fois en 1973.

Après avoir accueilli favorablement cette annonce, alors que M. Hébert la dénonçait, le candidat péquiste Étienne-Alexis Boucher a dû s'expliquer pour dissiper toute impression qu'il faisait cavalier seul dans ce dossier.

M. Boucher avait alors affirmé que sa réaction ne visait que l'aspect économique de l'investissement.

En 2008, M. Vallières avait remporté la victoire en récoltant la moitié des suffrages exprimés et une avance de 5123 votes sur son adversaire péquiste.

En campagne sur la rive-nord, dans le «450», Mme Marois a élaboré ses annonces autour des thèmes de la santé et des saines habitudes de vie.

En compagnie de M. Hébert, la chef péquiste a dévoilé samedi son plan pour augmenter l'accès aux médecins de famille, une opération qui passerait notamment par la hausse des salaires de ces professionnels de la santé.

Lors d'une conférence de presse à Repentigny, M. Hébert a exposé un plan sur quatre ans, l'équivalent d'un mandat, alors que deux millions de personnes ne sont actuellement pas suivies par un omnipraticien, au Québec.

Les péquistes misent sur une augmentation de la tâche des pharmaciens et une plus grande place à des superinfirmières, que les patients pourront consulter au lieu d'attendre de voir un médecin.

Ils souhaitent aussi, tout comme les libéraux, augmenter à 300 le nombre de groupes de médecine familiale (GMF), actuellement à 244.

Ces mesures nécessiteraient un investissement total de 95 millions $.

M. Hébert a cependant ouvert la porte à une hausse de la rémunération des médecins de famille, qu'il n'a cependant pas chiffrée.

«Il faut également faire en sorte que la rémunération puisse être avantageuse pour les médecins de famille», a-t-il dit.

M. Hébert s'en est d'ailleurs pris au docteur Gaétan Barrette, candidat caquiste, l'accusant d'avoir réservé la part du lion à ses membres, lors des dernières négociations avec le gouvernement, quand il représentait la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

«Le docteur Barrette est parti avec la caisse et il faut donc mettre l'accent sur les médecins omnipraticiens, qui sont fondamentaux dans le suivi à long terme des maladies chroniques, a-t-il dit. Je crois qu'il faut rétablir un sain équilibre entre les médecins spécialistes et les médecins omnipraticiens.»

M. Hébert a exprimé le souhait de réduire l'écart salarial entre spécialistes et omnipraticiens, qu'il a situé entre 50 et 60 pour cent.

Les péquistes ont aussi promis de mettre en place un crédit d'impôt remboursable de 500 $ par enfant de 5 à 16 ans pour toute inscription à des activités sportives pour les familles dont le revenu familial est de moins de 130 000 $.

Cette mesure touchera un peu plus de 300 000 jeunes et coûtera 25 millions $, qui seront pris à même le fonds de la taxe spécifique sur les produits du tabac.

En soirée, Mme Marois a lancé un appel aux jeunes mobilisés par le mouvement étudiant du printemps dernier, samedi, pour aider à élire sa formation au gouvernement.

Dans un rassemblement militant, Mme Marois a pris la parole après son candidat dans Laval-des-Rapides, Léo Bureau-Blouin, ancien leader étudiant.

Prononçant un discours devant une foule estimée à 1000 personnes réunies sous un chapiteau, la chef péquiste leur a dit que les péquistes avaient besoin des jeunes «pour mettre les libéraux dehors et former un gouvernement souverainiste».

Mme Marois a enjoint son auditoire à rallier les jeunes à son parti aux prochaines élections.

«Ce printemps la colère s'est fait entendre dans la rue, a-t-elle dit. Cet été c'est au tour de l'espoir de se faire entendre. Ça va se passer dans les bureaux de vote.»

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