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JO-2012 - Jeux vus d'ailleurs: à Nairobi, l'espoir a laissé place au doute

11/08/2012 06:19 EDT | Actualisé 11/10/2012 05:12 EDT

Sur les murs d'un studio de photographe de Nairobi, des cadres vides attendent de recevoir leurs photos: ils ont les couleurs de l'or, de l'argent et du bronze et devaient rendre compte des succès de la délégation kényane à Londres lors des JO-2012.

David Rudisha et Ezekiel Kemboi sourient dans leur cadre d'or. Le premier a remporté le 800 m jeudi avec, à la clef, un époustouflant record du monde en 1 min 40 sec 91/100; le second a perpétué le domination kényane sur le 3000 m steeple le 5 août.

"Ils ont été bons", sourit James Githae, un adolescent de 14 ans qui montre du doigt les photographies des deux seuls Kényans qui se sont jusque-là couverts d'or à Londres.

"Mais il y a tant de cadres vides", regrette-t-il, d'une voix triste.

Avant le début de la quinzaine londonienne, les supporteurs kényans espéraient de cette cuvée olympique 2012 qu'elle soit la meilleure de l'histoire des JO.

Les responsables sportifs du pays tablaient même sur 20 médailles, soit six de plus que la moisson record de Pékin d'où le Kenya avait rapporté six médailles d'or, quatre d'argent et quatre de bronze.

A la veille du terme des JO-2012, le bilan est bien maigre, avec les deux titres de Rudisha et Kemboi, trois médailles d'argent et trois de bronze...

Si la presse ne tarit pas d'éloges pour Rudisha, rebaptisé par le Standard "Le roi David", elle a en revanche la dent dure avec les responsables du comité olympique et l'encadrement des athlètes.

"Nos officiels nous ont brutalement laissé tomber et ils devraient faire la seule chose honorable possible, quitter l'encadrement sportif du pays, un point, c'est tout", espère ainsi le Daily Nation.

Les observateurs critiquent notamment la décision d'organiser les sélections pour le 10.000 m aux Etats-Unis, le stage final de préparation à Bristol (Angleterre) et les mauvaises décisions d'ordre tactique prises par les athlètes.

"La décision d'emmener l'équipe aux Etats-Unis n'était pas une bonne idée. Même durant le stage à Kasarani (centre d'entraînement à Nairobi, NDLR), l'équipe a semblé désarticulée, sans qu'il y ait un programme d'entraînement particulier établi par athlète", a relevé Colm O'Connell, célèbre entraîneur irlandais de nombreux grands noms du demi-fond et du fond.

Les athlètes eux-mêmes n'ont pas été épargnés, la presse les accusant de prendre part à de nombreuses courses à l'étranger qui leur permettent de remplir leur compte en banque.

L'argent est, semble-t-il, le nerf de cette guerre qu'est en train de perdre le Kenya: "Le Kenya n'est pas riche et il n'y a pas eu d'investissement dans le sport. Il n'y a pas d'infrastructures pour faciliter l'émergence de nouveaux talents", soupire Michael Kwambo, en charge du rugby à VII.

"On ne pourra trouver des sponsors que si on a une approche innovante et si l'on rend le sport attractif pour les grandes entreprises", relève-t-il.

Kemboi, auréolé de ses deux titres olympiques en 3000 m steeple (2004, 2012), a lancé dès son retour au pays après la conquête de sa deuxième médaille d'or un avertissement à ses compatriotes.

Selon lui, la domination du Kenya sur les épreuves de fond est en danger: "Les Marocains et les Français sont de plus en plus fort. L'Ethiopie ne cache pas qu'elle veut prendre notre place et ce n'est qu'une question de temps pour qu'elle y arrive", prévient Kemboi.

aik/pjm/jr/jmt

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