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Dans les pays musulmans, ceux qui n'observent pas le jeûne du ramadan se cachent

11/08/2012 08:01 EDT | Actualisé 11/10/2012 05:12 EDT

RAMALLAH, Territoire palestinien - Si des centaines de millions de musulmans observent scrupuleusement le jeûne du mois sacré de ramadan du lever au coucher du soleil, une minorité d'entre eux se cache pour boire, manger ou fumer pendant la journée. La pression de la communauté est importante et, dans certains pays, leur comportement est hors-la-loi.

"J'ai essayé de jeûner, mais ça n'a pas de sens. J'ai besoin de fumer", explique Ahmed, un électricien de 28 ans qui tire sur sa cigarette dans l'intimité d'un bureau sans fenêtre à Ramallah en Cisjordanie. Sa fiancée et sa mère ne savent pas qu'il ne jeûne pas, avoue-t-il. "Je m'épargne une plaie", sourit-il.

Dans les zones de la Cisjordanie administrées par le gouvernement palestinien, la police a incarcéré dix personnes qui ne respectaient pas le jeûne en public, a déclaré le porte-parole de la police Mansour Khazamiyeh. Les contrevenants sont généralement détenus jusqu'à la fin du ramadan. Dans la bande de Gaza, dirigée par le Hamas, le non-respect du ramadan est aussi une infraction, mais selon le porte-parole de la police gazaouie Ayman Batniji, personne n'avait encore été arrêté en date de vendredi.

L'Arabie saoudite a menacé d'expulser les expatriés non-musulmans qui seraient observés en train de violer les règles du ramadan.

En Malaisie, un pays majoritairement musulman, les autorités mènent des inspections dans les restaurants et les parcs et sanctionnent des centaines de musulmans chaque année, parmi ceux qui mangent ou boivent. Généralement, la sanction se traduit par une amende d'environ 300 dollars, mais les récidivistes peuvent écoper d'un an de prison dans certains États.

La pression familiale ou amicale est généralement suffisante pour encourager les contrevenants à se cacher. Amri, un responsable marketing de Kuala Lumpur en Malaisie, explique qu'il mange dans sa voiture pendant qu'il conduit et qu'il garde une bouteille d'eau au fond de son sac au bureau. S'il est athée, la loi et la société le considèrent comme musulman.

"Je suis sûr que certains de mes collègues ne jeûnent pas toujours, mais c'est quelque chose que personne ne veut admettre. A moitié par peur d'être attrapé (par les autorités), à moitié par peur d'être jugé négativement par les gens", juge Amri.

"Je ne crois pas au jeûne", déclare le propriétaire d'un supermarché palestino-américain de Los Angeles. Élevé près de Jérusalem dans une famille musulmane pieuse, il a perdu la foi après s'être installé aux États-Unis il y a des dizaines d'années.

Récemment, le quinquagénaire a été réprimandé par son fils Basil, 32 ans, alors qu'il mangeait innocemment un gâteau dans sa voiture près de Ramallah, en plein ramadan. "Basil me frappe la main. Il me dit: 'Papa, papa, qu'est-ce que tu fais? Tu ne peux pas! Regarde à tous ces gens qui nous regardent!'", raconte-t-il. "J'avais quelque chose dans la bouche. J'ai arrêté de mâcher à cause de la peur. Les gens étaient en train de me regarder".

L'observance religieuse s'est accrue de façon importante depuis les années 1970 dans les régions musulmanes, alors que l'Islam politique s'affirmait et que les idéologies nationalistes et communistes disparaissaient. Le poids nouveau pris par les partis politiques islamistes après le Printemps arabe devrait renforcer encore cette tendance, selon Chadi Hamid du groupe de réflexion Brookings Doha Center.

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