MONTRÉAL - Les chefs des trois principaux partis politiques ont été forts prudents, vendredi, lorsqu'ils ont été questionnés sur la possibilité que le procureur-chef de la Commission Charbonneau, Sylvain Lussier, soit en apparence de conflit d'intérêts dans l'exercice de ses fonctions, s'en remettant tous au bon jugement de la présidente de cette même commission, la juge France Charbonneau.

«La Presse» a révélé vendredi que M. Lussier a représenté en 2008, dans sa pratique privée, les intérêts d'une compagnie d'asphaltage qui est citée dans les documents que Jacques Duchesneau a déposés devant cette commission.

Le quotidien montréalais explique qu'Asphalte Desjardins et l'une de ses sociétés soeurs, Campeau, font partie de firmes de construction ayant réclamé pendant quelques années au gouvernement du Québec d'importantes sommes supplémentaires à celles prévues dans les contrats initiaux.

De plus, jusqu'à mercredi soir dernier, Sylvain Lussier apparaissait toujours comme membre de l'«équipe Plan Nord» sur le site Web de son cabinet d'avocats, Osler, Hoskin et Harcourt, dans le but d'aider des professionnels à obtenir des contrats.

De passage à Val d'Or vendredi, le chef libéral Jean Charest a souligné le caractère autonome de la commission, lui laissant ainsi le soin de commenter la situation.

Au Parti Québécois, la chef Pauline Marois y est allée d'éloges pour Mme Charbonneau, une femme intègre et fort compétente, à ses dires. Mme Marois a indiqué ne pas douter du fait que la juge ait pris «toutes les précautions nécessaires» pour éviter les conflits d'intérêts, lui communiquant du même élan «sa pleine confiance».

Le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, s'en est lui aussi remis au bon jugement de la juge, ne ratant toutefois pas l'occasion de dénoncer l'intervention de Me Lussier dans la campagne électorale, lui qui aurait ainsi failli à son devoir de réserve, selon le caquiste.

Mercredi, «La Presse» a demandé à la Commission Charbonneau comment Sylvain Lussier allait gérer les dossiers sur l'asphaltage et le Plan Nord pendant les audiences publiques, où il sera question de l'octroi des contrats dans l'industrie de la construction. Me Lussier n'a pas répondu et peu après, il n'apparaissait plus au sein de l'«équipe Plan Nord» de son cabinet d'avocats.

Quant à Jacques Duchesneau, qui a témoigné à la Commission Charbonneau en tant que dirigeant de l'Unité anticollusion, il a été impliqué cette semaine dans une guerre de mots avec Sylvain Lussier.

Récemment, M. Duchesneau, devenu candidat de la CAQ, a déclaré au quotidien Le Devoir que la Commission avait «tout en main» au sujet d'un «réseau libéral» du «Québec Inc.» qui se bousculerait aux portes du Plan Nord.

Rejoint par La Presse Canadienne vendredi, le directeur des communications de la Commission Charbonneau, Richard Bourdon, a indiqué que l'organisation ne formulerait aucun commentaire sur cette affaire.

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.