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Samaan, ex-soldat fait prisonnier, attend d'être jugé par les rebelles

10/08/2012 04:31 EDT | Actualisé 09/10/2012 05:12 EDT

Des bibliothèques entourent la table sur laquelle est allongé le jeune Samaan. Ce soldat de 21 ans, fait prisonnier fin juillet à Al-Bab, à 50 km d'Alep, attend "sans peur" d'être jugé par les rebelles syriens.

"Ce qui doit arriver arrivera, je n'ai pas peur de la décision du conseil car je sais que je n'ai pas tué", affirme, fataliste, cet ancien employé d'une usine de plastique qui a rejoint l'armée il y a 15 mois. Soit au début de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad.

Samaan, blessé à la jambe, est allongé sur une table en bois, une couverture sur lui malgré la très haute température, dans le souterrain du centre de contrôle des rebelles à Al-Bab, qui était auparavant le siège du département d'éducation.

Le jeune homme raconte d'une voix lasse sa blessure et sa capture, quand l'armée du régime a battu en retraite dans la localité d'Al-Bab, entre Alep et la frontière turque.

L'Armée syrienne libre (ASL) avait pu s'emparer, fin juillet, de la totalité de la ville après dix jours de siège de l'école que l'armée utilisait comme base. L'ASL affirme avoir fait une centaine de prisonniers.

Chaque "katiba", ou brigade, composant cette force d'opposition armée, "improvise une prison et s'assure d'un conseil islamique qui jugera les prisonniers", explique Abdellatif Osmane, un des leaders de l'ASL à Al-Bab.

Les soldats capturés "seront jugés pour leurs crimes s'ils ont tué ou attaqué des civils", explique-t-il.

Si le prisonnier est déclaré innocent, il est invité à rejoindre l'ASL. S'il refuse, on lui interdit de quitter le village pour l'empêcher de retourner dans l'armée ou de livrer des informations.

L'ASL "a mille yeux", lui permettant de "prouver la culpabilité des prisonniers", affirme un déserteur.

A Al-Bab, les anciens soldats ne sont pas tous des prisonniers. Certains sont des déserteurs. Comme Khalil Ibrahim et Omar Multabir, 21 ans chacun, qui ont profité d'une mission de leur bataillon dans cette ville pour se faire la belle et rejoindre l'ASL.

"Quand nous sommes rentrés dans l'armée, on voulait servir notre nation et non pas tuer", assure Khalil, un conducteur de char qui a changé d'opinion sur l'institution qui tient le pays après avoir vu des "choses anormales" au cours du conflit qui secoue la Syrie depuis seize mois.

Lui et son ami citent la mauvaise relation entre les officiers et les soldats, les bombardements des populations civiles ou le sentiment que l'armée est une "prison" d'où il est difficile de s'échapper.

Omar dit avoir vu deux soldats se faire tirer dessus en essayant de fuir. L'un est mort sur le coup. L'autre, blessé à la jambe, a été arrêté par les officiers et n'a plus jamais donné signe de vie.

Les soldats, notamment sunnites, soupçonnés de vouloir déserter, sont placés en première ligne sur le front, explique un combattant revenu blessé d'Alep. Ils sont les plus nombreux à mourir et, s'ils essayent d'échapper, ils sont abattus par leurs compagnons de la deuxième ligne.

Et si malgré tout un "nombre élevé" de tentatives de désertion a réussi, "l'armée syrienne continue d'être toute-puissante comparée à ses opposants".

Khalil Ibrahim ignore s'il a fait des victimes en exécutant l'ordre de tirer. Il sait juste une chose: "les soldats et le reste de la population habitent deux mondes différents".

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