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L'homosexualité reste encore un tabou aux Jeux olympiques

10/08/2012 07:42 EDT | Actualisé 10/10/2012 05:12 EDT

LONDRES - Si plusieurs gais ou lesbiennes déclarés se sont illustrés cette année aux Jeux olympiques de Londres, les athlètes qui révèlent leur homosexualité restent encore peu nombreux. Sur plus de 10 000 sportifs participant aux Jeux, 23, dont seulement trois hommes, sont ouvertement homosexuels, selon le décompte du site Internet gai Outsports.com.

«Ce chiffre est tellement bas, c'est absurde», estime le cofondateur du site, Jim Buzinski. Comparativement au monde des arts, de la politique ou des affaires, «le sport est le dernier placard existant dans la société», affirme-t-il.

Les estimations de la proportion d'homosexuels dans une population donnée varient énormément. Au Royaume-Uni, 1,5 pour cent des personnes interrogées pour les besoins d'une enquête publiée en 2010 par le Bureau britannique des statistiques se sont déclarées homosexuelles ou bisexuelles, mais certains considèrent qu'il s'agit d'une proportion sous-évaluée.

À Londres, rares sont les sportifs ouvertement homosexuels. Le cavalier britannique Carl Hester, la footballeuse américaine Megan Rapinoe, le plongeur australien Matthew Mitcham, la basketteuse américaine Seimone Augustus et l'archère sud-africaine Karen Hultzer en font partie.

«Je suis archère, d'âge moyen et lesbienne», a déclaré Karen Hultzer, 46 ans, au site Outsports.com. Elle a révélé son homosexualité aux médias pendant les Jeux. «Je suis également grognon avant mon premier café. Aucun de ces aspects ne définit qui je suis, ils font juste partie de moi», a-t-elle affirmé.

Dans cette liste de 23 sportifs ouvertement homosexuels, trois seulement sont des hommes. Megan Rapinoe, qui a révélé son homosexualité cette année, pense qu'il est plus délicat pour les hommes que pour les femmes d'être transparents sur leur orientation sexuelle.

«Je pense qu'il y a beaucoup de lesbiennes dans le sport, et cela se sait largement dans l'équipe. Elles peuvent avoir un style de vie assez ouvert sans se faire connaître dans les médias», explique l'Américaine. «Mais je pense que pour les hommes, malheureusement, ce n'est pas la même ambiance dans les vestiaires.»

Autre frein, la peur de perdre des contrats publicitaires lucratifs. Aucun commanditaire n'admettrait publiquement le renvoi d'un athlète après sa sortie du placard, mais rares sont les sportifs prêts à prendre le risque.

On a beaucoup parlé du contrat de l'ancien joueur de la NBA John Amaechi avec la marque de rasoirs HeadBlade après ses révélations sur son orientation sexuelle en 2007, mais HeadBlade reste un commanditaire de second plan.

Adidas resterait aux côtés d'un athlète qui révélerait son homosexualité, assure Katja Schreiber, porte-parole de l'entreprise.

Les temps changent, selon le cofondateur d'Outsports.com. Un nombre croissant de sportifs, homosexuels ou hétérosexuels, s'engagent contre l'homophobie, souligne-t-il.

Les organisateurs des Jeux de Londres eux-mêmes se sont montrés ouverts aux homosexuels en approuvant l'ouverture de la «London Pride House» («Maison de la fierté»), un lieu de convivialité homosexuel, et en autorisant l'édition d'une épinglette officielle des Jeux ornée d'un arc-en-ciel, le symbole de la cause homosexuelle.

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