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Les juges de nage synchro doivent moderniser leurs critères, estime Julie Sauvé

10/08/2012 02:44 EDT | Actualisé 10/10/2012 05:12 EDT

LONDRES - «Vous avez vu les jambes croisées? Ç'a pris trois mois pour réussir à faire ça, a fait remarquer Julie Sauvé, l'entraîneuse de l'équipe canadienne de nage synchronisée, en commentant la figure attachée que ses athlètes ont réalisée, vendredi, au Centre aquatique des Jeux de Londres. À tous les jours, on y travaillait et il n'était pas question d'abandonner. Personne au monde ne fait ça, c'est trop difficile.»

Et pourtant, c'est comme si les juges ne s'étaient pas aperçus à quel point ce mouvement était complexe. Ils ont accordé une note de plus de 95 points au programme libre canadien, soit mieux que d'habitude, mais les protégées de Sauvé ont quand même été confinées à la quatrième place, comme aux JO de Pékin en 2008.

Sans doute que les amateurs de nage synchronisée canadienne seront tentés de surenchérir sur les différentes manières de qualifier le travail des juges. Plusieurs tierces partie étaient d'avis, au minimum, que celui-ci n'était pas à la hauteur de celui des athlètes.

Julie Sauvé, elle, s'est contentée de dire que les juges étaient «sévères».

«J'ai l'impression que les juges ne sont pas rendus là où on est, a-t-elle avancé. Ça va finir par suivre. Ce que j'espère, c'est que la synchro va évoluer davantage de façon artistique. Parce que tout le monde a pas mal le même niveau dans l'aspect technique, ici, aux Jeux olympiques.

«À ce niveau-là, on ne voit personne qui nage les verticales en bas des genoux, par exemple. Techniquement, les cinq premiers pays, du moins, sont vraiment bons. Mais il faudrait que ça commence à changer du côté artistique et de l'originalité.

«Les juges aiment le conventionnel. Ils ne sont pas avant-gardistes, a ajouté Sauvé, qui n'en est pas à sa première frustration attribuable à la façon de travailler des juges puisqu'elle avait vécu la même chose à l'époque de Sylvie Fréchette. On ne dirait pas qu'ils sont prêts à regarder plus loin. Ça va finir par venir un jour, même si ce ne sera peut-être pas aux championnats du monde l'an prochain.

«Si le Canada était resté conventionnel au lieu d'être à l'avant-garde, peut-être qu'on nous aurait mis cinquième, a-t-elle par ailleurs fait remarquer. Alors aussi bien essayer d'aller en avant.»

Les dirigeants des différentes fédérations nationales n'ont pas le droit de parler aux juges pendant les Jeux olympiques, mais ils pourront le faire dans les prochains jours. Ceux de Synchro Canada en profiteront pour leur poser des questions sur les éléments qu'ils ont aimés et moins aimés. Ils le feront afin de modifier les programmes canadiens en conséquence s'il le faut, mais aussi dans le but d'expliquer l'approche de Sauvé. Ils espèrent ainsi amener les juges à être «plus ouverts d'esprit».

Sauvé voudrait par ailleurs que les scores des juges soient affichés de manière plus détaillée. Ce sera le cas dans les prochaines heures, maintenant que la compétition est terminée. Mais l'entraîneuse d'expérience, elle, voudrait qu'ils soient rendus publics dès l'instant où ils sont enregistrés.

«C'est sûr qu'il faut faire le ménage (dans l'approche des juges), a-t-elle lancé. Mais ma déception vient plus du fait qu'il faudrait voir les scores individuels donnés par chaque juge, pas seulement le total combiné. Il faut les afficher immédiatement, comme au plongeon et en gymnastique. Il faudrait pouvoir voir ce que la Chine a donné au Canada, et ainsi de suite... Mais on ne le voit pas. Il y a donc un manque de transparence, qui fait qu'il n'y a aucune imputabilité.»

Sauvé est également d'avis que le Canada devrait organiser davantage de compétitions au pays. C'est là une occasion de courtiser les juges. D'ailleurs, la Chine a tenu plusieurs épreuves depuis quatre ans et comme par hasard, les Chinoises ont fini deuxièmes à Londres, vendredi, au lieu de troisièmes comme à Pékin en 2008.

«C'est un sport jugé, donc c'est un sport politique et stratégique, a noté Sauvé. Nos rivales, ce ne sont pas les Espagnoles, les Chinoises ou les Russes. Nous, il s'agit de montrer aux juges ce qu'on peut faire. C'est ça la partie qui se joue. Il faut montrer notre performance aux juges.»

Il y a quelques années, le CIO s'est penché sur le cas du patinage artistique et ce sport a épuré sa façon de juger les performances, de peur de perdre le privilège d'être présenté aux Jeux olympiques. Sauvé verrait d'un bon oeil que le CIO adopte la même attitude vis-à-vis de la FINA et de la nage synchro. Par contre, elle ne voudrait pas voir son sport exclu des JO.

«J'espère que non, a-t-elle dit. Parce que ce n'est pas la faute des pays ou des entraîneurs. Aux Jeux, il y a toujours de bonnes foules en synchro, c'est impossible de trouver des billets, et je pense qu'on remplirait les gradins même s'il y avait 100 000 places ici. Alors, c'est financièrement intéressant pour le CIO.»

Sauvé espère par ailleurs que l'impact négatif qu'ont les juges sur les résultats ne découragera pas les jeunes filles qui songent à s'adonner à la nage synchronisée.

«Chez les jeunes, la nage synchronisée est tellement intéressante parce que c'est dans la danse dans l'eau, a-t-elle noté. Les jeunes filles aiment se costumer, choisir la musique et elles s'amusent là-dedans. Et elles se font des amies pour la vie. Ce ne sont pas des amitiés temporaires comme dans un bureau.»

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