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L'Egypte poursuit ses opérations dans le Sinaï, doutes sur ses "succès"

10/08/2012 11:15 EDT | Actualisé 10/10/2012 05:12 EDT

L'Egypte menait vendredi de nouvelles opérations d'envergure dans le Sinaï après l'attaque attribuée à des islamistes qui a tué 16 gardes-frontière, mais des résidents doutaient de la réalité des "succès" revendiqués par l'armée.

Une source militaire, citée par l'agence officielle Mena, a rapporté que "six éléments terroristes" avaient été appréhendés "lors de patrouilles conjointes (de l'armée et) de la police dans le cadre de la poursuite des descentes contre les foyers de criminels dans le gouvernorat du Nord-Sinaï".

Une source de sécurité a de son côté affirmé à l'AFP que les six hommes, arrêtés tôt vendredi, étaient connus pour être des fondamentalistes et étaient soupçonnés d'appartenir à un groupe jihadiste.

Mais dans leur petite ville de Cheikh Zouayyed, les familles, d'après qui neuf personnes ont été interpellées, niaient avec véhémence qu'il s'agisse de terroristes.

L'un d'eux, Eid Saïd Salama, a 72 ans et était en train de donner à manger à sa chèvre lorsqu'il a été arrêté, a affirmé à l'AFP son épouse.

Chez un autre suspect, Selmi Salama Soueilam, 68 ans, le contenu des armoires a été jeté par terre et du blé jonchait le sol, selon un journaliste de l'AFP.

Ils "sont entrés, un homme m'a frappée et je suis tombée par terre, ils sont entrés là où il dormait et l'ont arrêté alors qu'il était nu", a raconté la femme de M. Soueilam, en affirmant que les forces de l'ordre s'étaient aussi emparées de 45.000 livres égyptiennes (6.000 euros environ).

Les gens arrêtés "sont simplement religieux. Comme du temps de Moubarak, (les autorités) ont besoin de faire du chiffre, alors elles les arrêtent", a accusé cheikh Youssef, un proche de l'un des hommes arrêtés.

Une lourde répression s'était abattue sur certains clans bédouins après la vague d'attentats sanglants perpétrés entre 2004 et 2006 contre des stations balnéaires de la mer Rouge, augmentant la défiance et parfois l'hostilité des résidents de la péninsule envers les autorités du Caire.

L'armée égyptienne --faiblement présente dans le Sinaï conformément aux accords de paix avec Israël prévoyant la démilitarisation de ce secteur-- s'est déployée dans la péninsule avec l'accord de l'Etat hébreu pour mater les attaques de groupes extrémistes, après celle qui a tué 16 gardes-frontière égyptiens dimanche.

Les opérations "se poursuivront dans les jours à venir, jusqu'à finir de nettoyer le Sinaï du terrorisme et des hors-la-loi", a dit une source de sécurité citée par Mena, en assurant que les campagnes des deux derniers jours avec des frappes contre des "foyers de criminels" étaient "un succès".

Un responsable militaire avait affirmé que 20 activistes avaient été tués dans des frappes menées mercredi à l'aube par des hélicoptères de l'armée dans le village de Toumah, dans le nord du Sinaï.

Mais plusieurs résidents de Toumah, interrogés par l'AFP, ont démenti cette version.

"Nous n'avons rien vu. Il y avait 45 blindés et véhicules de la police et deux hélicoptères avec eux, ils ont tiré deux roquettes mais elles n'ont rien touché", a ainsi affirmé Abou Mohammed.

Vendredi, aucune présence militaire n'était visible à Toumah. A Al-Arich, siège du gouvernorat du Nord-Sinaï, le calme régnait et un char de l'armée était positionné derrière des sacs de sable peints aux couleurs du drapeau égyptien et sur lesquels était écrit "la victoire ou la mort".

Toutefois, dans la nuit de jeudi à vendredi, des inconnus ont tiré sur un barrage près de la ville d'Al-Arich, sans faire de blessés, selon une source de sécurité.

Des chefs de tribus bédouines ont promis leur aide aux autorités lors d'une réunion jeudi soir avec le ministre de l'Intérieur à Al-Arich, mais ils ont aussi demandé à voir les corps des 20 activistes qui auraient été tués.

"Nous leur demandons de nous présenter les corps, juste un ou deux corps, pour que nous soyons convaincus", a déclaré Eid Abou Marzouka, l'un des Bédouins qui a participé à la réunion.

L'Egypte a par ailleurs décidé de rouvrir dans un seul sens le terminal de Rafah, fermé après l'attaque, pour permettre aux Palestiniens se trouvant sur son territoire de regagner la bande de Gaza, a indiqué la télévision d'Etat, en précisant qu'il s'agissait d'une ouverture "exceptionnelle".

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