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Le film «Camion»: dans le rétroviseur du réalisateur Rafaël Ouellet

10/08/2012 11:33 EDT | Actualisé 10/10/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - «Au début, j'avais juste envie de prendre ma caméra et de le suivre dans son travail», explique Rafaël Ouellet en faisant référence à son camionneur de père. Mais finalement, le cinéaste s'est fait prendre dans le détour, et ce qui aurait pu être un court métrage ou un simple portrait est devenu le film de fiction «Camion».

Le parcours du long métrage, le quatrième que signe le réalisateur de 38 ans, est déjà bien amorcé: «Camion» a en effet réalisé un doublé au festival Karlovy Vary, en République tchèque, le 7 juillet dernier, en remportant les prix de la meilleure réalisation et du jury oecuménique.

De telles récompenses permettent bien entendu de piquer la curiosité de l'industrie et des critiques de cinéma, lesquels attirent ensuite l'attention des cinéphiles en publiant des textes sur les projets primés à l'international.

Rafaël Ouellet dit ne pas se formaliser outre mesure du jugement que porteront les journalistes sur sa nouvelle offrande. Il espère d'abord et avant tout une bonne réception du public — et une réaction similaire venant de son père. En entrevue avec La Presse Canadienne, début juillet, il s'était dit fébrile à l'idée de lui présenter le fruit de son labeur.

«J'ai extrêmement hâte de lui montrer. Je sais juste pas s'il va savoir le recevoir comme il se doit, parce que pour le commun des mortels qui va voir le film, ça pourrait sembler ben autobiographique, ben 'règlement de comptes'. Il y a beaucoup de cinéastes québécois qui ont fait des films pour régler leurs comptes avec leur père. Moi, ce n'est pas du tout le cas», a-t-il exposé.

Le personnage de Germain (Julien Poulin) est donc inspiré de son paternel. Et il n'apparaît pas toujours sous son meilleur jour dans «Camion». Au début du film, un accident de camion propulse Germain dans une dépression. Ses fils Alain (Stéphane Breton) et Samuel (Patrice Dubois), eux aussi aux prises avec diverses difficultés, rentreront au bercail afin de l'aider à surmonter cette épreuve.

«En réunissant les trois gars, je voyais ça comme un genre de jeu de miroirs, c'est-à-dire qu'on peut voir chez son frère, son père, son fils, nos propres qualités et nos propres défauts, voir ce qu'on a à corriger et ce sur quoi on peut tabler», a expliqué Rafaël Ouellet.

C'est de la réunion de ces trois personnages que jaillira l'espoir, a plaidé le cinéaste, qui dit avoir accouché d'un film «optimiste», contrairement à ce que pourrait laisser sous-entendre le synopsis.

Virage

Même s'il a déjà trois longs métrages derrière la cravate — «Le cèdre penché» (2007), «Derrière moi (2008) et «New Denmark» (2009) —, Rafaël Ouellet a bifurqué vers le cinéma relativement tard, soit dans la trentaine.

Il s'était auparavant fait les dents comme réalisateur à MusiquePlus, oeuvrant notamment devant et derrière la caméra pour l'émission humoristique «Le Groulx Luxe». C'est également à lui que l'on doit la réalisation de plusieurs concerts d'artistes canadiens, comme Nelly Furtado, Avril Lavigne et Our Lady Peace.

«Avec les DVD musicaux que j'avais faits, comme c'était extrêmement payant, ça m'a apporté une certaine liberté financière qui m'a permis de financer mon premier film.

Après ça, de fil en aiguille, ma carrière a pris son envol tranquillement... mais je continue quand même de payer mes comptes entre deux projets grâce à la télévision!»

Ses expériences lui auront non seulement permis d'acquérir des aptitudes qui lui sont aujourd'hui fort utiles sur les plateaux de tournage de ses films, mais aussi de développer une philosophie du «laisser-aller» que plusieurs réalisateurs éprouvent de la difficulté à mettre en pratique.

«J'ai fait beaucoup de télévision 'live' dans ma vie, donc ce concept-là d'oeuvre qui n'est jamais terminée, je ne le comprends pas trop. Il faut accepter, à un moment donné, qu'il y a des impératifs commerciaux, budgétaires, donc quand c'est fini, c'est fini.»

Le budget du film, dont la majorité des scènes ont été tournées à Dégelis, où habite le père du cinéaste, est d'environ 1,3 million $.

«Camion» sera d'ailleurs présenté en avant-première au cinéma de cette municipalité située près de la frontière du Nouveau-Brunswick le 12 août. Quelques jours plus tard, c'est-à-dire, le 17 août, le film de Rafaël Ouellet prendra d'assaut les salles du cinéma aux quatre coins de la province.

Le long métrage sera également présenté au Festival international du film de Toronto en septembre.

«Je suis content de mon film, je suis fier de mon film, la réaction est bonne à date, a fait valoir le cinéaste lors d'une entrevue à La Presse Canadienne lundi. Ça ne veut pas dire que tout le monde va aimer ça, loin de là, mais je ne me ferai pas ramasser. Je suis sûr que ça va bien aller.»