POLITIQUE

Marois veut protéger les entreprises contre les prises de contrôle de l'étranger

09/08/2012 11:26 EDT | Actualisé 09/10/2012 05:12 EDT
CP

SAGUENAY, Qc - La tentative de prise de contrôle hostile de Rona par Lowe's a réveillé le Parti québécois pour le pousser à faire une de ses premières nouvelles annonces en campagne électorale.

Un gouvernement péquiste reviendrait à une forme de nationalisme économique à la Caisse de dépôt en créant un fonds d'investissement stratégique de 10 milliards $, pour protéger les entreprises contre les prises de contrôle étrangères.

Les actifs de la Caisse au Québec passeraient ainsi de 41 à 51 milliards $, sur un portefeuille total de 159 milliards $.

C'est un «virage majeur» pour ralentir l'exode des sièges sociaux, à l'opposé de la dérive du rendement à tout prix des libéraux, a expliqué la chef du Parti québécois, Pauline Marois, jeudi, à Saguenay, entourée de ses candidats de la région et de son porte-parole aux finances, Nicolas Marceau.

Elle a d'ailleurs fait son annonce dans le stationnement du Rona local. Le quincailler a dévoilé la semaine dernière avoir fait l'objet d'une offre d'achat hostile de la part du géant américain Lowe's.

«Alcan, Domtar, Sico, Bauer, la liste (de sociétés vendues à des entreprises étrangères) est longue», a déploré Mme Marois, qui blâme son adversaire Jean Charest pour avoir rompu avec une vision à long terme et avoir accéléré l'exode des sièges sociaux.

«Je vais rétablir la mission de développement économique de la Caisse au Québec», a-t-elle dit. Elle s'est défendue de faire ce retour au nationalisme économique de la Caisse au détriment du rendement des déposants, c'est-à-dire l'ensemble des Québécois.

«C'est ce qui me choque le plus, cette appréhension, cet argument, a-t-elle répliqué, dans une conférence de presse. Quand on regarde les placements faits par la Caisse au Québec et au Canada, ses rendements ont toujours été meilleurs sur ces placements-là, parce qu'on a une connaissance des marchés, une proximité des marchés.»

Selon elle, l'acquisition de la multinationale Alcan — si présente au Saguenay-Lac-Saint-Jean — par Rio Tinto aurait pu être évitée, grâce à ce fonds stratégique.

Et le président actuel de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, critiqué par le PQ à sa nomination, serait gardé en poste pour faire ce virage. Mme Marois a dit qu'elle ne portait «pas de jugement sur M. Sabia». Elle a toutefois précisé qu'il était important que les administrateurs acceptent d'endosser les nouvelles orientations de la Caisse si le PQ forme le gouvernement.

La création du fonds serait assortie de changements législatifs. Ces modifications viseraient à élargir la responsabilité des administrateurs des sociétés, pour qu'ils soient non seulement sensibles aux intérêts des actionnaires, mais aussi des employés, des fournisseurs, des créanciers et de la communauté d'accueil des sociétés, a précisé Nicolas Marceau. Elles viseraient également à renforcer le pouvoir des administrateurs pour qu'ils soient protégés par des lois s'ils refusent une offre d'achat hostile.

Pour sa part, son adversaire caquiste François Legault a argué qu'il propose déjà d'augmenter de 20 milliards $ les investissements de la Caisse dans les entreprises québécoises.

«Mme Marois propose la moitié de notre mesure», a-t-il contre-attaqué.

En soirée, Pauline Marois a pris part à un rassemblement partisan à Saguenay, dans le secteur Jonquière, avec ses candidats de la région. Devant quelques centaines de militants, elle a dénoncé les «volte-face spectaculaires» de François Legault.

«Francois Legault, c'est rendu une girouette politique, a-t-elle lancé, reprenant un quolibet de Jean Charest qui avait tant hanté l'ancien chef adéquiste Mario Dumont. Oui, mais avec tous ses saltos arrière renversés à ce niveau-là, on peut parler d'une girouette olympique!»

La confiance

Par ailleurs, Pauline Marois a aussi commenté le long article sur elle publié dans le magazine L'Actualité. Intitulé «L'étoffe d'un premier ministre?», l'article rend un portrait nuancé et exhaustif de sa personnalité, à défaut de réserver des révélations-chocs. On y apprend entre autres qu'elle a un problème de confiance en elle.

«Je crois que beaucoup de femmes ont des problèmes de confiance en elle, a-t-elle argué en conférence de presse. C'est pour ça qu'elles sont moins nombreuses à prendre des fonctions politiques. (...) C'est dommage. On n'a pas occupé beaucoup la sphère publique, c'est récent que les femmes sont en politique, exercent des rôles d'autorité, on n'a pas culturellement beaucoup d'expérience. J'ai encore des doutes certains jours, je pense que ce n'est pas mauvais, parce que cela me permet d'être meilleure.»

L'article indique également qu'au moment de la crise qui a secoué son parti, elle a pensé par moments qu'elle ne passerait pas au travers. Elle avoue d'ailleurs qu'elle déteste la chicane, en ajoutant «imaginez dans mon parti».

Elle soutient aussi que la défaite est pas mal plus simple que la victoire, et elle a élaboré sur ce thème avec les journalistes.

«C'est exigeant, diriger le Québec, mais c'est le choix que j'ai fait. Il y a d'énormes contraintes, et d'énormes possibilités.»