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En Jordanie, les réfugiés syriens ne sont pas au bout de leurs épreuves

09/08/2012 04:22 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

Un jeune couple syrien n'a réussi à fuir en Jordanie qu'en donnant un tranquillisant à leur fillette pour l'empêcher d'attirer l'attention des soldats syriens par ses cris -- mais dans le camp de réfugiés, la famille doit encore affronter des conditions de vie difficiles.

Mohammed, Walaa et leur fille de deux ans font partie des 3.000 Syriens accueillis dans le camp de réfugiés de Zaatari, ouvert en juillet à deux kilomètres de la frontière jordano-syrienne.

"Nous avons décidé de quitter Deraa il y a une semaine, pour rester en vie," dit Mohammad, un tailleur de vingt-six ans.

La ville de Deraa, dans le sud de la Syrie, est le berceau de la révolte contre le président Bachar al Assad qui a débuté mi-mars 2011 et s'est muée en un conflit ayant fait plus de 21.000 morts selon un ONG syrienne.

"On a failli se faire tuer en s'enfuyant avec quatre autre familles sous le feu continu de l'armée régulière. On n'a rien pris, seulement les vêtements qu'on a sur nous."

"On a donné au bébé un sirop tranquillisant pour l'empêcher de pleurer et d'attirer l'attention des soldats de l'armée syrienne qui nous auraient tué," poursuit le jeune réfugié, assis dans la tente blanche poussiéreuse que sa famille partage avec trois autres personnes.

Les réfugiés sont souvent pris pour cibles par l'armée syrienne lorsqu'ils tentent de quitter le pays -- le mois dernier, un enfant de trois ans avait ainsi été tué par des tirs de l'armée sur des civils traversant la frontière.

L'armée jordanienne, qui a été renforcée à la frontière, les aide en faisant feu en réponse.

Mohammed soupire: "Dieu merci nous sommes indemnes, mais nous ne sommes pas bien ici." "Nous sommes tellement inquiets pour le futur. Personne ne sait quand ce malheur va prendre fin"

La Jordanie accueille plus de 150.000 réfugiés syriens, dont la plupart vit dans des habitations temporaires dans la ville frontalière de Ramtha, ou avec des proches dans le nord de la Jordanie.

Le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) estime que plus de 276.000 Syriens ont fui, principalement en Jordanie, Turquie et au Liban.

Les autorités jordaniennes ont commencé à transférer des réfugiés vers le camp de Zaatari, installation de sept kilomètres carrés en plein désert qui peut héberger selon les Nations unies jusqu'à 120.000 personnes.

Dans ce camp, les réfugiés se plaignent du manque d'électricité et de soins médicaux, et du sable et de la chaleur, dans un pays composé à 92% de désert.

Khalfa Hmoud, 56 ans, a un cancer et a dû abandonner sa chimiothérapie en fuyant la Syrie. "Je ne veux pas mourir ici. Je veux aller à l'hôpital et continuer mon traitement," dit-elle.

"C'est bon pour les chameaux, ce désert," grommelle son mari, Jadou Mulla, 65 ans: "On a de quoi boire et manger, mais on n'a aucun moyen de communications ici."

Maryam, 46 ans, qui a fui Deraa avec sa famille il y a plus d'un mois, déplore: "On n'a pas de téléphone pour contacter nos proches en Syrie."

Pour elle, les conditions de vie à Zaatari sont "catastrophiques": "Mes enfants sont malades et on n'a que de la nourriture en conserve. Ca ne sert à rien de se laver, on est couvert de poussière cinq minutes après," dit-elle en caressant les cheveux de son fils de cinq ans.

Une importante organisation caritative locale, Kitab wal Sunna, qui s'occupe de plus de 50.000 Syriens en Jordanie, estime que le camp "n'est pas à la hauteur des normes internationales" et regrette le manque de sanitaires.

De leur côté, la Jordanie et le HCR soulignent que l'afflux continu de réfugiés est très difficile à gérer pour Amman. Le pays dit que ses ressources sont limitées malgré un récent don de 100 millions de dollars des Etats-Unis.

"Il s'agit d'un camp de réfugiés, il est normal que les conditions de vie ne soient pas très bonnes," dit un officiel du HCR, qui préfère conserver l'anonymat.

Le camp dispose malgré tout de nourriture, d'un centre de soins, et l'électricité est en cours d'installation, ajoute-il.

Le Royaume-Uni, l'Italie, le Maroc, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes Unis ont envoyé du matériel médical.

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