NOUVELLES

A Baïdoa, les responsables somaliens tentent d'occuper le pouvoir

09/08/2012 04:04 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

Debout devant une tente en lambeaux qui, depuis 18 mois, sert de maison à sa famille dans la ville somalienne de Baïdoa, Halbo Maow estime que les armes ont beau avoir changé de camp, sa vie reste la même.

"Les (insurgés islamistes) shebab ou le gouvernement, c'est la même chose," estime la septuagénaire. "Nous n'avions rien alors et nous n'avons toujours rien".

Baïdoa, ex-bastion shebab, a été reprise en février dernier aux islamistes par l'armée éthiopienne, entrée en novembre 2011 en Somalie et qui soutient les faibles troupes gouvernementales somaliennes.

Contrainte par la famine, à quitter son village l'an dernier, Halbo Maow survit aujourd'hui en vendant du bois de chauffe à Baïdoa, localité poussiéreuse, pauvre mais stratégique à quelque 200 km de la frontière éthiopienne.

Ici, l'influence du gouvernement de transition somalien à Mogadiscio, censé terminer son mandat le 20 août pour laisser la main à des institutions permanentes, est quasi-nulle.

Cinq mois après la prise de la ville, les troupes éthiopiennes sont toujours la force dominante dans la région.

Le gros du contingent éthiopien a pourtant déjà quitté Baïdoa, pour aller se battre contre les shebab dans les environs. Et l'administration somalienne locale peine à assurer le relais.

"Les Ethiopiens ont apporté la sécurité, mais maintenant nous attendons que le gouvernement et la communauté internationale nous apportent de la nourriture, des soins de santé et des écoles," poursuit Halbo Maow, mère de cinq enfants et dix fois grand-mère.

Sur le marché central de Baïdoa, un sentiment de relative sécurité domine pourtant. Des ânes tirent des chariots remplis de légumes, avancent tranquillement dans les rues animées. Des femmes vendent des dattes en face de pharmacies et quincailleries désormais presque toutes ouvertes.

Debout près d'une pile de matelas, sur les marches de son magasin, Mahad Elmi Yerow explique que son revenu a grimpé depuis le départ des insurgés islamistes.

"C'est mieux maintenant que sous les shebab, parce que les affaires sont plus ouvertes," dit-il. Même si, reconnaît-il, des milices rôdent toujours sur la route Baïdoa-Mogadiscio, un axe resté hors de contrôle des forces gouvernementales.

"Il y a des milices entre les positions du gouvernement et celles des shebab et si vous ne vous arrêtez pas (en les croisant), ils vous tirent dessus -- j'ai même des matelas criblés de balles," poursuit M. Yerow.

Tandis qu'il parle, des hommes armés par les autorités locales, en civil ou uniformes disparates, bousculent sans ménagement la foule amassée dans la rue.

M. Yerow explique avoir déjà, comme d'autres, commencé à verser des taxes aux autorités locales et que cet argent ne sert encore qu'à payer ces hommes armés.

"Le gouvernement, à Mogadiscio, est trop pris par ses propres problèmes, nous ne recevons rien de lui -- nous n'avons que l'argent que nous pouvons prélever ici," explique le gouverneur régional, Abdifatah Mohamed Ibrahim. "Pour l'instant, nous ne nous occupons que de questions de sécurité, nous n'avons pas les moyens de faire autre chose pour la population."

Forcé de quitter Baïdoa en 2009, quand les shebab avaient pris le contrôle de la ville, M. Ibrahim est aujourd'hui de retour au pouvoir, avec le soutien des Ethiopiens.

Il dit que l'Ethiopie, dont déjà une intervention armée en Somalie en 2006 avait laissé un goût amer à la population, aide à entraîner 1.700 miliciens locaux.

L'idée, pour les Ethiopiens, est de passer la main aux soldats de la force de l'Union africaine (UA) en Somalie, l'Amisom, composée de quelque 17.000 soldats. Mais Addis Abeba entretient le doute sur la date du départ de ses troupes.

D'ici à fin août, un millier de Burundais et 1.500 Ougandais du contingent de l'Amisom devraient avoir rejoints Baïdoa, indique le commandant de l'UA sur place, Gérard Bigirimana.

"Je vais d'abord les positionner au sud et essayer d'ouvrir l'axe en direction de Mogadiscio," explique-t-il. "Ensuite, quand nous serons à pleine capacité, nous penserons à prendre le relais des troupes éthiopiennes."

del/pjm/aud/ayv/ej

PLUS:afp