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RD Congo : l'éprouvante survie des déplacés au pied du volcan Nyiragongo

08/08/2012 12:17 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

Au pied du volcan Nyiragongo, juste à la sortie de Goma, où des centaines de familles de déplacés se sont installées pour fuir les combats entre l'armée régulière et rebelles, une cohorte de voitures blanches - celle d'une responsable de l'ONU - fait soudain son apparition.

Vêtue d'un ensemble de soie noire et chaussée d'escarpins, chef de l'action humanitaire de l'ONU, Valérie Amos, visite, trois mois après les premières arrivées les premières installations de distribution de secours à Kibati, localité située près de Goma (nord-est de la RDC).

Une organisation humanitaire commence, bannières au vent, à distribuer bassines, bidons et casseroles.

Attentive, Mme Amos interroge des femmes qui agitent leur coupon et leur carte d'électeur pour recevoir leur lot.

Environ 30.000 personnes, à Kibati comme à Kanyaruchinya, deux "sites spontanés" selon la terminologie humanitaire, tentent de survivre malgré les premières pluies et le manque de nourriture.

Des milliers de personnes ont fui les affrontements entre l'armée régulière et la nouvelle rébellion du M23 qui ont éclaté en mai.

Les membres du M23 sont issus de l'ex-rébellion congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), à l'époque soutenu par le Rwanda, d'après l'ONU. Les ex-CNDP avaient été intégrés l'armée en 2009 à la faveur d'un accord avec Kinshasa, dont les mutins réclament aujourd'hui la pleine application.

Depuis mai, les combats entre armée et M23 ont forcé plus de 250.000 Congolais à fuir, notamment vers le Rwanda et l'Ouganda voisins.

Les récoltes dans la région des combats autour de Goma, très fertile sont interrompues depuis le début des affrontements. Les rebelles interdisent aux paysans d'aller dans les champs.

A Kibati, dans une file d'attente, une mère sautille pour endormir son enfant attaché derrière son dos, en attendant son lot d'aide humanitaire.

"Je suis là depuis juin avec 9 enfants", raconte une des déplacées. "Apana shakula" ("rien à manger"), dit-elle en swahili.

"Jala", +la faim+, dit une autre.

Plus loin, un centre de distribution de biscuits vitaminés a été installé. La première distribution avait donné lieu à des incidents la semaine dernière. Douze tonnes sont prévues cette fois ci.

Juste avant l'arrivée de l'émissaire de l'ONU, le premier orage de la saison éclate. Des trombes d'eau se déversent alors que le ciel tonne.

Des enfants pleurent, des mères tentent de sauver ce qu'elles peuvent. Les hommes ont interrompu leur sommeil sur un banc en dessous d'un eucalyptus, qui n'a plus que quelques branches.

A Kibati, depuis plusieurs semaines, l'école a déménagé ses pupitres à l'extérieur pour héberger les familles. Des dizaines d'abris faits d'une bâche sur des branches recourbées ont été installés.

Dans les salles de classe, un tapis de feuilles d'eucalyptus recouvre le sol pour permettre aux déplacés de dormir par terre.

Et dans le préau de l'école toutes les mères rassemblent leurs enfants pour les abriter de la pluie.

A l'extérieur, le sol est constitué de blocs de laves avec lesquels les femmes font des foyers pour cuire les haricots.

Après avoir observé le site proposé par les autorités locales pour installer quelques infrastructures, la secrétaire adjointe aux Nations unies visite un centre hospitalier où quelques cas de choléra ont été signalés.

Sur ce terrain volcanique, très dur, le creusement de latrines prend 3 jours, explique un travailleur humanitaire.

Pour un éviter l'établissement de fait d'un camp de réfugiés à l'entrée de Goma et en espérant un retour rapide vers les villages d'origine, l'accueil dans les familles locales est facilité. Celles-ci devraient également se voir attribuer une aide.

Avant de partir vers le Rwanda en fin d'après-midi où elle doit visiter aussi un camp de réfugiés, Mme Amos regrette une "certaine fatigue des donateurs".

Elle lance également un appel "au nom des communautés, de déplacés et d'accueil, que j'ai vu aujourd'hui", regrettant que depuis le début de l'année les Nations unies n'aient reçu que 41% des 791 millions de dollars dont ils ont besoin en 2012 pour leur aide humanitaire à la RDC.

pb/sba/jms

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