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L'Egypte, le Hamas et Israël sous pression après l'attaque du Sinaï

08/08/2012 08:07 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

L'attaque attribuée à des activistes islamistes qui ont tué 16 gardes-frontière égyptiens met la pression sur l'Egypte pour qu'elle reprenne le contrôle du Sinaï, mais aussi sur Israël, directement visé par ce commando.

L'Egypte, qui avait promis de venger l'attaque de dimanche, a lancé mercredi la plus importante opération militaire dans le Sinaï depuis des décennies à la recherche des responsables de cette attaque dont les auteurs avaient tenté ensuite de s'infiltrer en territoire israélien avant d'être neutralisés.

Les forces égyptiennes ont annoncé avoir tué 20 "terroristes" lors de raids aériens dans le Sinaï, une offensive saluée par Israël.

"Les organisations extrémistes constituent une menace pour tout le Moyen-Orient, et pas seulement pour l'Egypte (...) ils (les Egyptiens) ont mieux pris conscience et sont passés à l'action", a affirmé mercredi un haut responsable du ministère israélien de la Défense Amos Gilad.

Cette attaque a fait monter la pression sur l'Egypte pour rétablir la sécurité dans le Sinaï, mais pourrait aussi amener Le Caire à réclamer avec davantage d'insistance une révision partielle du traité de paix avec Israël, qui limite sa présence militaire dans la péninsule.

Certains en Egypte redoutent par ailleurs que cette affaire n'aggrave les tensions entre le camp islamiste dont est issu le nouveau président égyptien Mohamed Morsi et l'armée.

Des divergences sont en effet apparues sur l'attitude à adopter vis-à-vis des Palestiniens de Gaza et du mouvement islamiste Hamas qui contrôle l'enclave, proche idéologiquement de M. Morsi.

Alors que du temps du président Hosni Moubarak, Israël pouvait compter sur l'hostilité viscérale du pouvoir égyptien face aux islamistes palestiniens, la nouvelle donne politique au Caire rend la situation plus compliquée.

"Ce crime va renforcer les institutions sécuritaires face à Morsi, et notamment leur donner des arguments pour contrer sa volonté d'alléger les restrictions sur les sorties des Palestiniens de Gaza", estime Emad Gad, du Centre Al-Ahram d'études politiques et stratégiques du Caire.

L'Egypte avait assoupli, fin juillet, les conditions d'entrée des Palestiniens sur son sol via le passage de Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza. Ce terminal a été immédiatement fermé après l'attaque.

Pour Israël, la multiplication ces derniers mois des attaques menées à partir du Sinaï qui ont notamment coûté la vie à plusieurs Israéliens, devrait pousser Le Caire à prendre des mesures contre les "groupes terroristes".

Les responsables israéliens affirment que la coordination sécuritaire fonctionne avec Le Caire, tout en estimant que les Egyptiens n'ont pas assez pris la mesure du danger.

"L'an dernier, Israël a autorisé sept bataillons égyptiens à entrer dans le Sinaï mais les autorités égyptiennes n'ont pas saisi l'occasion pour agir", affirme le général de réserve Dan Harel, ancien commandant de la région militaire sud.

De son côté, le Hamas a été sérieusement ébranlé par l'attaque dans le Sinaï.

Selon le commentateur du quotidien israélien Yédiot Aharonot, Alex Fishman, le Hamas est "totalement paniqué". Il relève notamment la rapidité avec laquelle le mouvement islamiste a fermé les tunnels reliant la bande de Gaza à l'Egypte.

L'expert pour les affaires arabes Guy Bechor estime de son côté que la menace provenant du Sinaï devrait forcer Israël, l'Egypte et le Hamas à coopérer.

"Ces trois parties sont toutes menacées par le terrorisme islamique international, et maintenant elles sont obligées de coopérer", écrit-il sur son blog.

"Israël commence à avoir de bons renseignements dans le Sinaï, mais il ne peut agir sur le sol égyptien. L'Egypte peut atteindre les centres terroristes et les éliminer, mais n'a pas les renseignements".

"Et le Hamas peut arrêter des haut membres de ces organisations alors qu'ils sont encore à Gaza si l'Egypte fait pression sur lui".

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