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Jour 8: Duchesneau continue d'attaquer et Charest se retrouve sur la défensive

08/08/2012 11:31 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - L'ex-policier et candidat-vedette de la Coalition avenir Québec (CAQ), Jacques Duchesneau, continue, jour après jour, d'imposer le thème de la lutte à la corruption à la campagne électorale. Et ce, que cela plaise ou non aux chefs de parti, qui voient ainsi rélégué dans l'ombre leur plan de match du jour.

Mais en ce huitième jour de campagne, mercredi, ce sont des allégations d'ingérence visant Jean Charest qui ont surtout retenu l'attention. Radio-Canada a rapporté qu'une filature de la Sûreté du Québec (SQ) visant un militant de longue date du Parti libéral du Québec (PLQ), Eddy Brandone, avait été interrompue en 2009 peu après que ce dernier eut parlé avec Jean Charest.

Lors d'un point de presse, en soirée, le chef libéral a catégoriquement nié avoir quoi que ce soit à voir avec cette histoire. «Jamais, jamais, jamais, je ne suis intervenu, jamais», a déclaré M. Charest à St-Léonard-d'Aston, dans le Centre-du-Québec.

Il a tiré à boulets rouges sur le reportage de la société d'État, l'accusant de faire des insinuations au sujet d'une intervention de sa part auprès de la SQ.

«J'ai pris connaissance du reportage, que je trouve épouvantable, et depuis que je suis premier ministre du Québec, je n'ai jamais été informé d'enquêtes policières, et je ne suis jamais intervenu dans les enquêtes policières», a-t-il dit.

La chef péquiste Pauline Marois, en campagne dans sa circonscription de Charlevoix-Côte-de-Beaupré, a parlé de révélations «très inquiétantes» et a demandé à son adversaire de «s'expliquer sur les liens qu'il a avec Eddy Brandone».

Un peu plus tard, devant des militants réunis pour l'assemblée d'investiture dans Louis-Hébert, à Québec, la chef péquiste a ajouté que «ce soir, encore un autre scandale libéral a éclaté».

La journée de mercredi avait toutefois commencé avec des déclarations-choc de Jacques Duchesneau. En entrevue au Globe and Mail, l'ancien chef de l'Unité anticollusion a déclaré que des ministres du gouvernement Charest, sans toutefois les nommer, avaient bénéficié de financement illégal, ajoutant que ces faits seraient révélés lors de différents témoignages devant la Commission Charbonneau, qui enquête sur l'industrie de la construction et doit reprendre ses travaux le 17 septembre.

Lors d'une autre entrevue en matinée, avec l'animateur Paul Arcand, du 98,5 FM, M. Duchesneau a justifié son refus de donner des noms en affirmant qu'il ne pouvait le faire sans bénéficier de l'immunité contre d'éventuelles poursuites.

Il a ajouté que si les procureurs lui avaient demandé des noms à l'époque où il témoignait devant la commission il aurait dit ce qu'il savait.

Ces derniers jours, M. Duchesneau et le procureur chef de la commission, Sylvain Lussier, s'étaient mutuellement adressé des reproches, lors d'entrevues accordées aux médias.

Les pratiques douteuses de financement ont eu cours aussi au Parti québécois, selon M. Duchesneau. Son chef, François Legault, a été ministre du PQ pendant plusieurs années.

Dans un tout autre ordre d'idées, M. Legault cherchait surtout à faire connaître sa promesse d'accorder aux parents de jeunes enfants de moins de six ans cinq journées de congé payé pour remplir leurs obligations parentales, une mesure dont le coût est évalué à 350 millions $.

Et c'est plutôt l'autre enjeu de la campagne, la crise étudiante, qui a retenu l'attention du camp libéral.

Quelques jours avant la rentrée des classes, M. Charest s'en est remis aux directions d'établissements et aux policiers pour appliquer la loi spéciale qui limite les manifestations.

Alors que quelques centaines d'étudiants participaient à une manifestation illégale à Montréal, M. Charest a affirmé qu'il voulait éviter les confrontations entre les forces de l'ordre et les étudiants en colère depuis des mois contre la hausse des droits de scolarité.

Il a répété que la loi spéciale 12, qui met en vigueur le projet de loi 78, devait être respectée, tout en se fiant au discernement des policiers et des directions de cégeps et d'universités.

«La loi est là pour être appliquée, mais aussi dans le contexte où ils appliquent leur bon jugement», a-t-il nuancé.

La Loi 12 oblige les manifestants à se tenir à 50 mètres des établissements d'enseignement et M. Charest a insisté sur la nécessité d'assurer l'accès aux salles de cours.

De son côté, la chef péquiste Pauline Marois a dû encore défendre sa position sur la poursuite de la grève et l'application de la loi spéciale.

Elle a incité les professeurs à respecter la loi spéciale «ignoble», à rentrer au travail plutôt que de respecter les votes de grève en refusant de travailler. Mais elle n'a pas voulu dire s'il fallait sanctionner les délinquants en vertu de la loi.

Chose certaine, selon elle, l'élection d'un gouvernement péquiste permettra de régler le problème. «Nous retrouverons une sérénité et un calme dans l'ensemble de nos institutions», selon elle.

M. Legault a haussé le ton dans ce dossier, exhortant les enseignants à rentrer au travail et laissant planer un doute quant à d'éventuelles sanctions s'ils n'obtempèrent pas.

«Ce que je dis, c'est que les enseignants doivent enseigner», a lancé M. Legault, de passage à Coteau-du-Lac.

Il a refusé de dire clairement qu'il sanctionnerait ou suspendrait les enseignants rebelles. Mais «on ne peut pas payer un enseignant qui refuse d'enseigner», a-t-il dit.

Comme il le fait depuis quelques jours, M. Charest a fait l'annonce d'une mesure très ciblée, destinée cette fois aux jeunes de 10 à 16 ans. Les libéraux proposent de prolonger jusqu'à 16 ans la couverture des soins dentaires prodigués aux enfants de 0 à 9 ans, une mesure évaluée à 58 millions $ par année.

Il s'agit d'un retour en arrière puisque la couverture des soins dentaires a été offerte aux jeunes de 0 à 16 ans de 1980 à 1992, au moment où le gouvernement libéral de Robert Bourassa a choisi d'en restreindre la portée pour la réserver exclusivement aux enfants de 0 à 9 ans.

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