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JO-2012: Le double jeu gagnant --olympique et politique-- de Boris Johnson

08/08/2012 06:28 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

En ce mois d'août, Boris Johnson a joué double jeu --olympique et politique-- avec un certain bonheur: aux yeux de nombre de ses concitoyens, le populaire maire de Londres alias "BoJo le bouffon" apparaît désormais premier ministrable, malgré sa démesure et ses pitreries.

"Les Britanniques ont un faible pour les excentriques. Plus que dans n'importe quel autre pays", explique à l'AFP Tony Travers, politologue à la London School of Economics (LSE).

Côté excentricité, l'édile conservateur de 48 ans à la sempiternelle tignasse blonde en bataille a mis les bouchées doubles. Quitte à basculer dans l'emphase sinon le bizarroïde.

Il avait mystifié ses hôtes aux Jeux de Pékin, en assurant que leur ping-pong dérivait du wiff-waff, pratiqué dès le 19e siècle sur les tables de salles à manger anglaises.

A l'occasion des JO 2012, il soutient mordicus "qu'il pleut davantage à Rome qu'à Londres" et vante à la manière d'un commentateur de football brésilien, la moisson "d'ooor" de l'équipe britannique, suffisante "pour combler la dette grecque".

A François Hollande, qui a plaisanté du laborieux démarrage britannique au tableau des médailles, il rétorque via une tribune de presse déconcertante dans un français fleurant le logiciel de traduction: "Well, M. le Président mettez-ça dans votre pipe et fumez-le: Bien je jamais eh" (sic).

Boris s'extasie du "retour au culte ancien de la quasi-nudité" réhabilité par les joueuses de beach-volley et s'extasie à grand renfort d'onomatopées obscures: Honk... proot... sob. Ou encore : "le compteur Geiger de l'olympomania va faire zoink".

Mais le buzz atteint son paroxysme sur le net, quand il demeure coincé, suspendu 5 minutes au filin d'une tyrolienne, face-caméra, casque bleu sur la tête et fanions aux couleurs de l'Union Jack à la main. Tel un insecte ventripotent.

"Pour n'importe quel politicien, où que ce soit dans le monde, ç'eût été un désastre. Boris en a fait un véritable triomphe", constate passablement envieux l'empesé Premier ministre, David Cameron, au moment où son gouvernement de coalition menace d'imploser et que le pays s'installe en récession.

"Bo-ris, Bo-ris" scande la foule à chacune des apparitions de son rival au stade olympique, tandis que les éditorialistes glosent sur ses chances d'accéder au 10, Downing Street.

"Particulièrement populaire auprès des électeurs des classes moyennes", selon Tony Travers, il a sauvé l'honneur de son parti en déroute électorale en conservant la mairie de Londres, en mai.

Eurosceptique comme beaucoup, tenant d'un "conservatisme moderne" avec de réels appuis à la City et "une approche globalement libérale des problèmes sociaux", il proclame volontiers sa différence.

Différent? Alexander Boris de Pfeffel Johnson compte un arrière-grand-père ministre de l'Intérieur de l'empire Ottoman et un lointain cousin par alliance dénommé George II. Ancien journaliste, il se veut "un mélange d'Anglais, Français, Turc, Musulman, Juif et Allemand." Il est surtout issu de l'école de l'élite, Eton. Comme Cameron.

L'un de ses fans, le financier Peter Hall, loue son optimisme et son style "évoquant Churchill". Sonia Purnell, l'une de ses biographes, voit en lui "un opportuniste suprêmement intelligent", et un "calculateur" aux emportements et "manque de loyauté" légendaires. Ses détracteurs aiment à rappeler sa vie sentimentale mouvementée.

"Qui irait voter pour un couillon qui reste accroché à une tyrolienne", protestait modestement mercredi le chouchou des sondages. Tout en programmant une tournée en Inde, Russie, Chine et Brésil.

Boris a le vent en poupe mais la course à la médaille d'or politique s'annonce longue et semée d'embûches, d'ici aux élections de 2015. Il lui faudra abandonner sa mairie pour retourner au Parlement, non-cumul des mandats oblige; renverser Cameron; refaire le handicap conservateur sur des travaillistes partis favoris.

dh/mpf/jmt

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