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Filature de la SQ interrompue: Charest nie avoir été impliqué

08/08/2012 06:23 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

SAINT-LÉONARD-D'ASTON, Qc - Le chef libéral Jean Charest s'est défendu mercredi d'être intervenu pour faire cesser une filature policière qui visait un militant de longue date de son parti.

M. Charest a admis qu'il a rencontré le syndicaliste Eddy Brandone en mars 2009, mais il n'a aucun souvenir précis de leur conversation.

Réagissant à la diffusion d'un reportage de Radio-Canada exposant que la Sûreté du Québec (SQ) a mis fin à une opération de filature de M. Brandone après cette rencontre, M. Charest a nié toute intervention.

«Jamais, jamais, jamais, je ne suis intervenu, jamais», a déclaré M. Charest lors d'un bref point de presse à St-Léonard-d'Aston, dans le Centre-du-Québec.

Le chef libéral a ajouté qu'il n'a jamais été informé des enquêtes policières.

Radio-Canada a rapporté mercredi que M. Brandone, qui était responsable des finances au syndicat de la FTQ-Construction, était sous surveillance policière lorsqu'il a vu M. Charest, le 6 mars 2009, en marge d'un événement dans un hôtel de Dorval.

Les agents de police qui voulaient en savoir plus sur ses allées et venues ainsi que sur les personnes qu'il rencontrait ont ensuite reçu l'ordre de mettre fin à leur opération après avoir été témoins de cette rencontre, selon le reportage.

M. Brandone, un militant de longue date du Parti libéral du Québec, exerçait ses fonctions à la FTQ-Construction alors que Jocelyn Dupuis était président du syndicat. M. Dupuis a été accusé l'hiver dernier de fraude et de fabrication de documents.

M. Charest s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles cette histoire a refait surface en pleine campagne électorale, mais il n'a établi aucun lien avec les récentes sorties du candidat vedette de la Coalition avenir Québec, Jacques Duchesneau.

«Comment se fait-il que ça sort aujourd'hui, a-t-il demandé. Très bonne question. Après une semaine de campagne électorale, pour une affaire qui s'est passée en 2009 et soudainement, c'est aujourd'hui dans les nouvelles.»

Le premier ministre Charest a tiré à boulets rouges sur le reportage de Radio-Canada, l'accusant de faire des insinuations au sujet d'une intervention de sa part auprès de la SQ.

«J'ai pris connaissance du reportage, que je trouve épouvantable, et depuis que je suis premier ministre du Québec, je n'ai jamais été informé d'enquêtes policières, et je ne suis jamais intervenu dans les enquêtes policières», a-t-il dit.

M. Charest a soulevé des doutes sur l'éthique des journalistes qui ont réalisé le reportage.

«Ils essaient de construire un lien entre le fait que cette personne-là m'a croisé cette journée-là et que semble-t-il, parce que moi je ne sais pas, semble-t-il une enquête, une filature aurait été arrêtée», a-t-il dit.

Tout en admettant qu'il connaît M. Brandone depuis près de 20 ans, M. Charest a minimisé ses liens avec le syndicaliste.

«C'est une personne que j'ai connue parce qu'il vient à nos événements, a-t-il dit. Je vais vous dire pourquoi je me rappelle de lui, parce que quand il se présente, il se présente toujours comme étant un syndicaliste.

«Chez-nous au Parti libéral du Québec, on ne reçoit pas souvent des gens qui sont du milieu syndical à nos événements.»

M. Charest a affirmé que ses échanges avec M. Brandone étaient très limités mais il ne se souvient pas de leurs propos lorsqu'ils se sont vus le 6 mars 2009, en marge d'une réunion entre le premier ministre et des représentants des communautés inuites.

«Je n'ai pas le souvenir de la conversation, a-t-il dit. Ce n'était pas des conversations de fond et quand je le vois c'est des échanges sur des choses qui ne sont pas des dossiers, c'est des échanges qui sont cordiaux, comme ça.»

M. Charest a indiqué qu'il avait connu M. Brandone en 1993 au moment où il participé à la course au leadership du Parti progressiste-conservateur, remportée par Kim Campbell. Les deux hommes se sont retrouvés quand M. Charest est passé au PLQ en 1998.

L'ordre d'interrompre la filature a provoqué un malaise au sein de la SQ, selon Radio-Canada, qui cite quatre sources policières. L'une de ces sources a toutefois expliqué que les enquêtes criminelles ne doivent pas donner l'impression de s'approcher trop près du premier ministre.

La police provinciale a refusé de commenter le dossier, affirmant que celui-ci constituait une preuve s'inscrivant dans le cadre d'une enquête toujours en cours, souligne le diffuseur public.

Mercredi, M. Charest a nié que la SQ puisse le protéger. Son attaché de presse, Hugo D'Amours, a affirmé que jamais le corps policier n'était intervenu pour prévenir le premier ministre qu'il serait inopportun de rencontrer certaines personnes.

En campagne à Sainte-Anne-de Beaupré, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, s'est interrogée sur la nature des liens en M. Charest et M. Brandone.

Mme Marois a ajouté qu'«honnêtement, c'est sûr que ce n'est pas normal de stopper une filature».

À l'assemblée d'investiture dans la circonscription de Louis-Hébert, à Québec, la chef péquiste a ajouté devant des militants que «ce soir, encore un autre scandale libéral a éclaté».

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