NOUVELLES

En Syrie, les Etats-Unis se préparent pour le jour d'après

08/08/2012 10:48 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT

Le président syrien Bachar al-Assad est engagé dans une lutte à mort pour la survie de son régime mais les Etats-Unis se préparent déjà au jour d'après, avec en mémoire la douloureuse expérience irakienne en 2003 après la chute de Saddam Hussein.

Combien de temps Assad pourra-t-il s'accrocher au pouvoir? De hauts responsables de l'administration américaine interrogés par l'AFP ne le savent pas mais sa chute leur semble inévitable et la prudence dicte de se préparer pour l'inévitable casse-tête qui s'ensuivra.

Depuis des mois, Washington appelle à une "transition" en Syrie et la défection cette semaine du Premier ministre syrien Riad Hijab renforce le sentiment que le régime s'émiette un peu plus.

"Nous pouvons commencer à discuter et commencer à planifier pour la suite, après la chute du régime", a déclaré mardi la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, en visite en Afrique du Sud. Elle dit vouloir "veiller à ce que les institutions (syriennes) restent intactes".

Une Syrie post-Assad soulève de nombreuses inconnues et suscite les craintes d'un effondrement de l'Etat, d'un bain de sang entre communautés religieuses, ou de l'onde de choc sur la sécurité dans la région et du risque de crise humanitaire.

La perspective que cela se produise en pleine campagne présidentielle américaine conduit la Maison Blanche à se préparer au pire scénario et à ébaucher des solutions possibles.

Mme Clinton et d'autres responsables américains ont rappelé la nécessité de préserver les institutions de l'Etat syrien, d'éviter de renouveler l'erreur irakienne quand Washington s'était empressé de purger l'Etat des responsables du parti Baas, ouvrant la voie au chaos et à une insurrection.

"Il est juste de dire que c'est un précédent qu'il est utile de regarder", reconnaît le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney, qui rappelle toutefois que les différentes révolutions au Moyen Orient n'ont pas de modèle unique.

"Les Etats-Unis sont très conscients des conséquences de leur politique de +débassification+ en Irak", abonde Reva Bhalla, de la société d'analyse de renseignements Stratfor.

"Ils préféreraient ne pas voir d'effondrement soudain du régime en Syrie qui pourrait potentiellement les forcer à un engagement militaire pour sécuriser les stocks d'armes chimiques avant qu'ils ne tombent dans les mains de djihadistes et d'acteurs non-étatiques soutenus par l'Iran", explique-t-elle.

Contrairement à l'Irak, le jour d'après ne sera pas une affaire simplement américaine: Washington en discute déjà avec ses alliés turc et jordanien et d'autres pays de la région pour contenir l'influence de l'Iran.

Le président Obama l'évoque fréquemment avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et ses alliés européens. Mme Clinton doit se rendre en Turquie ce week-end. Et la semaine passée c'était le chef du Pentagone, Leon Panetta, qui s'entretenait de la Syrie avec le roi de Jordanie Abdallah II.

Washington campe sur sa position de ne pas armer la rébellion syrienne, mais des signaux montrent que les Etats-Unis ont un rôle plus actif que la simple fourniture d'aide non-létale et humanitaire: M. Obama a autorisé la CIA à mener des activités clandestines pour soutenir l'opposition, selon la presse américaine.

Le jeu des puissances étrangères en Syrie et la myriade de communautés qui s'y trouvent compliquent les scénarios pour l'après-Assad, faisant craindre des violences intercommunautaires et un vide du pouvoir que pourraient tenter d'exploiter des groupes comme Al-Qaïda.

Une telle situation, peut-être encouragée par Téhéran, pourrait déstabiliser la région, et menacer notamment Israël, la Jordanie et le Liban.

Pour le roi de Jordanie, "le pire des scénarios" serait qu'Assad ne trouve refuge dans un réduit alaouite, "cela signifierait alors une division de la Syrie".

col-jkb/mra/mdm

PLUS:afp