MOSCOU - Le procureur russe Alexandre Nikiforov a requis mardi une peine de trois ans d'emprisonnement pour chacune des membres du groupe féministe punk Pussy Riot, jugées depuis le 20 juillet pour avoir chanté une «prière punk» contre le président russe Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

Le verdict est attendu cette semaine. Jugées pour «hooliganisme» et détenues depuis cinq mois, les trois jeunes femmes, Nadejda Tolokonnikova, 23 ans, Maria Alejina, 24 ans, et Ekaterina Samutsevich, 29 ans, encouraient jusqu'à sept ans de prison. Le procureur a réclamé une peine de trois ans, affirmant avoir pris en compte le fait que deux des accusées ont des enfants à charge.

«Mère Marie, chasse Poutine», avaient chanté les trois membres de Pussy Riot en février. Elles entendaient protester contre le soutien du patriarche Cyrille à Vladimir Poutine, et non offenser les sentiments religieux des orthodoxes, ont-elles expliqué.

Elles ont manifesté leur hostilité «envers l'Église et le monde orthodoxe» et elles ont cherché «à dévaloriser des traditions et des dogmes séculaires», a soutenu le procureur.

L'affaire divise l'opinion publique russe. L'Église orthodoxe russe estime que les jeunes femmes méritent d'être poursuivies pour leur comportement «blasphématoire», mais des milliers de croyants ont signé une pétition demandant à l'Église de leur pardonner.

Les Pussy Riot ont reçu le soutien de personnalités russes et étrangères, notamment de la chanteuse Madonna, du guitariste des Who, Pete Townshend, et du chanteur des Pet Shop Boys, Neil Tennant.

Des mouvements de défense des droits de la personne ont également demandé la remise en liberté des trois chanteuses du groupe punk féministe, dénonçant la répression contre l'opposition en Russie. Le président Vladimir Poutine a quant à lui estimé, la semaine dernière, que les jeunes femmes avaient commis un acte répréhensible, mais qu'elles ne devaient pas être jugées «trop sévèrement».

Les Pussy Riot ont manqué de sommeil et de nourriture durant tout le procès, a affirmé leur avocate, Violetta Volkova, qualifiant ce traitement de «torture».

Dans ce procès, «ce sont les autorités, et non les filles, qui ont porté un coup dévastateur à l'Église orthodoxe. On est revenus en arrière, au Moyen-Âge», a affirmé Me Volkova.

Si les chanteuses sont reconnues coupables et condamnées, «cela cassera pour de bon les relations entre le gouvernement et la population», a prévenu Mark Feygin, un autre avocat des chanteuses.

Dans un entretien à l'agence de presse russe RIA-Novosti, l'archidiacre orthodoxe Andreï Kouraïev, professeur à l'Académie théologique de Moscou, a estimé qu'une peine de prison transformerait les Pussy Riot en «martyres» et alimenterait le ressentiment de la population envers l'Église orthodoxe.

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