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Même affaiblis, les shebab somaliens restent une menace pour la paix

07/08/2012 03:40 EDT | Actualisé 06/10/2012 05:12 EDT

Assis sur les ruines de ce qui était autrefois le plus huppé des hôtels de la capitale somalienne Mogadiscio, Mohamed Abdi Khadar, ex-enfant soldat, raconte les quelques mois passés à combattre avec les insurgés islamistes shebab.

Persuadé par un ami de rejoindre la rébellion, l'adolescent de 14 ans a d'abord appris à manipuler les armes avant d'être envoyé attaquer l'embryon d'armée somalienne et la force de l'Union africaine (UA), l'Amisom, qui la soutient. Tous des ennemis de l'Islam, lui disait-on.

"La journée, ils nous apprenaient le Coran et la nuit ils nous renvoyaient nous battre à Mogadiscio," poursuit Mohamed Abdi Khadar, capturé en juillet. "Avant de tirer, on a un peu peur, mais quand ça commence on se prépare à viser et puis rien, c'est normal."

Les insurgés contrôlaient alors la plupart des grandes localités du centre et du sud somaliens. Depuis, les forces gouvernementales, l'Amisom et les soldats éthiopiens entrés fin 2011 dans l'ouest somalien leur ont infligé une série de revers militaires.

"Les shebab ont été très affaiblis -- Je pense qu'ils vont disparaître," dit l'adolescent, aujourd'hui pris sous l'aile de l'Amisom.

Les institutions de transition somaliennes, accusées de corruption massive mais soutenues par les occidentaux, n'hésitent pas à vanter leur succès contre ce mouvement récemment intégré à Al-Qaïda.

"Nous avons fait massivement échec à Al-Qaïda et aux shebab, en reprenant la plupart du territoire," affirme le président somalien, Sharif Cheikh Ahmed. "Ce qui est clair c'est que les shebab touchent à leur fin."

Vaincre les shebab, qui jurent la perte des autorités somaliennes, est primordial pour le président, son gouvernement, le Parlement, qui arrivent en fin de mandat le 20 août. Les actuelles institutions de transition, en huit ans de pouvoir, ont été incapables de rétablir une quelconque autorité centrale dans un pays ravagé par plus de 20 ans de guerre civile.

Mais même si les shebab ont subi des revers militaires, ils restent, mettent en garde l'ONU et l'Amisom, une menace sérieuse.

Certains avancent des nombres moins élevés, mais selon la force de l'UA, ils pourraient encore compter quelque 12.000 combattants et contrôler encore environ 60% des sud et centre somaliens.

Des attaques incessantes de type guérilla et un redéploiement dans les montagnes de la région semi-autonome du Puntland (nord) semblent aussi montrer qu'ils sont loin d'être vaincus.

Des divisions internes les affaiblissent certainement, mais "les fissures sont surestimées," estime Ahmed Soliman, du groupe de réflexion Chatam House. "Les dirigeants (somaliens) (...) vont devoir à un moment entamer des négociations avec certains shebab pour construire une paix durable".

Un rapport de l'ONU évoquait récemment des liens entre les shebab et d'autres groupes islamistes de la région, notamment au Kenya, en Tanzanie et au Yemen. Il estimait que le mouvement restait "une menace sérieuse à la paix, la sécurité et la stabilité" en Somalie et plus largement sur "la scène internationale".

"Même s'ils sont affaiblis, ils sont toujours capables de faire des ravages," juge le représentant spécial de l'ONU pour la Somalie, Augustine Mahiga.

Mais la perte de bastions s'est malgré tout traduite, pour eux, par une hausse des défections.

Depuis une base de l'Amisom à 25 km au nord-ouest de Mogadiscio, Hasan Mushin Afgoi dit avoir été responsable adjoint des finances des shebab pour la région d'Afgoye.

Prise par l'Amisom et les forces gouvernementales en mai, Afgoye, qui il y a quelques mois encore abritait des centaines de milliers de déplacés, était un important centre de revenus pour les insurgés.

"Nous prélevions l'argent des transports publics, des hommes d'affaires, des magasins, des fermes et de la population," dit M. Afgoi, 27 ans. "Cela a été un coup dur de perdre Afgoye (...) Ils avaient besoin d'argent pour continuer à combattre," poursuit le jeune homme, qui a fait défection il y a trois mois.

Mais l'Amisom, qui lorgne sur le dernier fief shebab dans le sud somalien, le port de Kismayo, explique qu'il ne suffira pas de combattre les insurgés pour les défaire.

"Faire échec aux insurgés se fera en les appelant pour qu'ils rejoignent le processus de paix," dit Audace Nduwumunsi, commandant du contingent burundais de l'Amisom.

"Nous pouvons capturer toutes les villes, les shebab seront toujours là -- quand nous arrivons dans une ville, ils se fondent dans la population."

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