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Les médailles britanniques creusent le fossé entre classes sociales

07/08/2012 06:00 EDT | Actualisé 07/10/2012 05:12 EDT

La surreprésentation de champions issus d'écoles privées dans des disciplines où excelle le Royaume-Uni, comme l'aviron, la voile et l'équitation, suscite un vif débat sur le fossé persistant entre classes sociales au pays hôte des JO.

Sur le total des sportifs de l'équipe britannique des JO "Team GB", quelque 20% ont fait leurs études dans le système parallèle huppé des écoles privées, très onéreuses, auquel accède seulement 7% de la population.

"Il y a tellement de talent dans ces 93% restants qui devrait être reconnu et développé", se désole le chef de l'association olympique britannique Colin Moynihan.

Il appelle à une refonte totale du sport à l'école, jugeant "inacceptable" que tant d'athlètes de haut niveau sortent des fameuses "public schools", qui, en dépit de leur nom, sont non seulement privées mais payantes.

Alan Bairner, spécialiste de sport et sociologie à l'université de Loughborough, explique cette surreprésentation des élèves des écoles privées chez les sportifs de haut niveau par une combinaison de facteurs.

"Il y a dans les écoles privées des équipements exceptionnels et des entraîneurs spécialisés", souligne-t-il. Dans le public, le sport, souvent assumé en plus de leur travail par des professeurs bénévoles, est en chute libre depuis 30 ou 40 ans, selon lui.

Plusieurs écoles privées sont de surcroît réputées pour leur capacité à former de futurs athlètes olympiques, comme Millfield School, dans le sud-ouest de l'Angleterre, ou Eton, où le Premier ministre David Cameron a fait ses études.

Avec 130 entraîneurs, une piscine olympique et de multiples terrains utilisés régulièrement par des équipes internationales, Millfield School a "produit" à elle seule 5 membres de l'équipe olympique britannique. Trois -dont un aristocrate- proviennent d'Eton, qui a hébergé les épreuves olympiques d'aviron.

La surreprésentation d'élèves du privé dans des disciplines "élitistes" telles que l'aviron, la voile et l'équitation s'explique non seulement par l'accès aux équipements, mais aussi par la perception qu'ont de ces sports les milieux les moins favorisés.

"Quand vous vivez à Birmingham (ancien bastion industriel du pays, ndlr) vous avez moins de chances d'habiter près d'un club de voile, note-t-il. Mais il y a aussi le fait que même si un sport est parfaitement accessible, certains vont s'auto-exclure, en se disant +ce n'est pas pour moi+"".

Simon Dickie, responsable des juniors à l'association britannique d'aviron, reconnaît que la discipline souffre d'être associée de longue date aux écoles privées et aux universités, une perception renforcée par la fameuse course annuelle entre Oxford et Cambridge.

"L'aviron a une image snob, que nous ne réussirons jamais à totalement faire disparaître", convient-il. Mais il travaille dur pour diversifier le recrutement, avec des opérations de promotion et de repérage de jeunes talents dans les écoles. Deux mille d'entre elles ont été équipées de machines à ramer.

"A Atlanta (1996) et Sydney (2000), la grande majorité de nos athlètes avaient démarré l'aviron dans une école privée, mais aux JO de Londres, plus de la moitié de l'équipe d'aviron a étudié dans le secteur public", a-t-il indiqué à l'AFP.

Certaines stars des JO-2012 viennent de milieux modestes, tels Jessica Ennis (heptathlon) dont les parents sont respectivement peintre et assistante sociale. Le coureur Mo Farah a fait ses études dans une école publique de Londres, après l'arrivée de sa famille de Somalie.

L'équipe d'athlétisme britannique est plus mixte socialement que beaucoup d'autres. "Acquérir les bases en course, saut etc. ne requiert pas d'équipements coûteux, contrairement à la voile par exemple", remarque Alan Bairner.

Le fossé social dans les sports fait rater au Royaume-Uni de futurs champions, observe-t-il. "Dans le tennis, par exemple, un sport qui reste plutôt élitiste, et très +blanc+, il y a un réservoir de talents potentiels qui reste à exploiter", souligne-t-il.

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