NOUVELLES

Le premier ministre syrien pensait à fuir avant même sa nomination

07/08/2012 09:00 EDT | Actualisé 07/10/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Si l'on en croit ses proches, Riad Hijab a commencé à préparer sa défection il y a deux mois, lorsque le président syrien lui a offert le poste de premier ministre en lui lançant cet ultimatum: accepte ou meurs.

La fuite de Riad Hijab, racontée par l'un de ses collaborateurs partis avec lui, a jeté un énorme pavé dans la mare, au-delà du régime syrien auquel il a appartenu, galvanisant l'opposition et posant à nouveau la question de la capacité des baassistes au pouvoir depuis 1970 à survivre à la guerre civile.

«Chaque défection est une porte de plus qui se ferme pour El-Assad et une de plus qui s'ouvre pour les rebelles», estime Mustafa Alani, un analyste du Centre de recherches sur le Golfe à Genève. La fuite de M. Hijab «n'est peut-être pas un point de bascule pour le régime, mais chaque défection constitue une fissure supplémentaire».

M. Hijab et les proches qui ont fui avec lui devraient trouver refuge au Qatar, l'un des pays qui soutient les insurgés syriens. Dans l'échiquier régional, les émirats du golfe Persique et la Turquie représentent d'importants soutiens pour les rebelles. Le régime de Damas peut quant à lui compter sur l'Iran et la Russie.

Un haut responsable de l'Armée syrienne libre (ASL), Ahmad Kassim, avait d'abord précisé que M. Hijab avait fui avec trois autres ministres, avant d'annoncer que deux autres avaient fui. Le porte-parole de M. Hijab, Mohammed Otari, assure toutefois qu'il a fui seul.

Ces défections accroissent l'humiliation du régime, après celles de toute une série de généraux et d'ambassadeurs. Comme plusieurs de ceux qui ont fait défection avant lui, Riad Hijab est un sunnite. Sans doute un signe que cette communauté se détache de plus en plus de la politique répressive du clan El-Assad, composée d'alaouites, une branche dissidente du chiisme.

Outre les défections, le régime baassiste a également subi d'autres coups durs, comme l'attentat du 18 juillet en plein Damas, qui a notamment coûté la vie au beau-frère du président El-Assad.

Riad Hijab a été un membre important du parti Baas, grimpant dans la hiérarchie pour devenir ministre de l'Agriculture en 2011. Après les élections législatives du mois de juin, Bachar El-Assad l'a choisi pour diriger le gouvernement. Mais il songeait déjà à s'enfuir avant sa nomination, selon Mohammed Otari, son porte-parole en Jordanie, où M. Hijab et sa famille se trouvent.

«Le criminel El-Assad l'a exhorté à devenir premier ministre et ne lui a pas laissé d'autre choix que d'accepter. Il lui a dit: "Soit tu acceptes le poste, soit tu meurs"», affirme M. Otari. «Le premier ministre a finalement fui ce régime qui tue, mutile et terrorise. Il se considère lui-même comme un soldat de la révolution» en cours, a-t-il dit.

Cette fuite a été saluée par les insurgés. «Si ceux qui profitent largement du régime font défection, alors ça montre que celui-ci vit ses derniers jours», a confié un combattant qui s'est présenté sous le pseudonyme d'Abou Ahmad, joint par téléphone en Syrie. «Chaque fois que nos jeunes entendent dire qu'un militaire ou un officiel ont fait défection, ça leur redonne le moral», a-t-il affirmé.

L'opposant Georges Sabra, membre du Conseil national syrien (CNS), pense que la fuite de Riad Hijab va en déclencher d'autres.

«Il a enfin découvert que ce régime est l'ennemi de son propre peuple et qu'il va chuter», a affirmé M. Sabra. «Ça va déclencher toute une série d'autres défections de hauts responsables gouvernementaux et de la sécurité. Le régime syrien se noie et (la fuite de Riad Hijab) en est jusqu'ici le signe le plus clair.»

PLUS:pc