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Jeux vus d'ailleurs: la Grèce, entre crise économique et rêve olympique

07/08/2012 05:14 EDT | Actualisé 07/10/2012 05:12 EDT

Huit ans après les JO d'Athènes, les Grecs, aux prises avec leur effroyable crise économique, ont du mal à avoir encore des rêves, fussent-t-ils olympiques. Sauf peut-être, le rêve fou d'accueillir un jour les Jeux de façon permanente, sur la terre où ils sont nés.

"Les Grecs ont très peu envie de regarder les Jeux" de Londres, regrette Matteos Theodoridis, 25 ans, un ancien boxeur devenu agent de voyage.

"Ces Jeux représentent tout pour moi. Tout. J'aurais tant aimé y aller, mais je ne peux pas. C'est un rêve que je n'ai pas pu réaliser" dit-il à l'AFP.

"Il est certain qu'il n'y a plus l'intérêt que l'on trouvait dans le passé", écrit l'éditorialiste Giannis Koukoulas dans le quotidien Kathimerini. "Peut-être parce que nous n'attendons pas grand chose côté médaille. Plus probablement, parce que les Grecs font face à tellement de problèmes immédiats de vie quotidienne qu'ils ne leur reste guère de temps pour penser à qui va remporter une médaille".

La délégation grecque à Londres compte seulement 103 personnes. Plusieurs athlètes ont évoqué leurs difficultés pour s'entraîner, et le manque de moyens dans un pays ruiné, qui s'est saigné aux quatres veines pour accueillir les Jeux en 2004.

La Grèce est parvenue à décrocher deux médailles (de bronze) jusqu'à présent à Londres: en judo avec Ilias Iliadis, et en aviron, avec le duo Christina Giazitsidou et Alexandra Tsiavou.

Dans les profondeurs au classement des médailles, elle devançait lundi d'une longueur des pays comme l'Arabie Saoudite, l'Argentine, le Qatar... et la Turquie voisine.

A Athènes, même si tous les bars ont allumé leurs postes de télévision sur la chaîne publique qui retransmet les épreuves en direct, les conversations tournent plus souvent sur la canicule qui étouffe la ville ou le moyen de faire face aux feuilles d'impôts qui arrivent dans les boîtes aux lettres, que sur les JO.

Il est vrai que ces Jeux ont mal commencé pour les Grecs.

Un sauteur en hauteur, tenant du titre mondial en salle et espoir de médaille, Dimitris Chondrokoulis, 24 ans, a été exclu après un contrôle positif au stanozolol (stéroïde anabolisant), alors que les éditions 2004 et 2008 avaient déjà été marquées par de retentissants cas de dopage grecs.

Deux jours avant l'ouverture, la spécialiste du triple saut Voula Papachristou, 23 ans, a également été exclue par son Comité olympique, pour des propos racistes sur Twitter, jugés "contraires aux valeurs et aux idéaux du mouvement olympique".

L'athlète, qui a difficilement accepté la sanction, s'en est ensuite pris aux "conditions inacceptables" dans lesquelles les sportifs grecs s'entraînent.

"Il n'y a pas de chauffage et pas d'eau chaude pour prendre une douche en hiver, pas d'air conditionné en été et des salles d'entrainement sordides avec des équipements délabrés" a-t-elle dit à l'hebdomadaire Athens News.

Mais au pays de l'Olympisme, certains continuent de rêver.

"Pour moi, les jeux Olympiques sont la plus belle chose qui soit. Je suis heureux qu'ils existent et j'espère qu'ils reviendront en Grèce", avoue à l'AFP Periclès Anastasis, 42 ans, ouvrier du bâtiment au chômage, qui habite l'ancien Village olympique transformé en logements sociaux.

L'idée d'un retour permanent de l'événement en Grèce vient tout juste d'être relancée par le quotidien Kathimerini selon lequel le coût de l'organisation des Jeux peut "avoir des conséquences négatives à long terme" pour les pays hôtes.

Fin 2011, le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, avait reconnu que la dette extérieure du pays avait augmenté "de 2 à 3%" (...) en raison du coût des Jeux", d'un montant de 13 milliards d'euros à l'époque.

"A un certain moment, les responsables vont devoir discuter de la possibilité de trouver une résidence permanente pour cet événement", estime Kathimerini en rappelant la proposition de feu Constantin Caramanlis, ancien premier Ministre, de tenir les Jeux près de leur lieu de naissance, Olympie.

Idée reprise cette semaine par Nicos E. Devletoglou, professeur d'économie à la retraite de l'université d'Athènes, dans le magazine américain Forbes.

"Cette zone unique de l'Olympie antique avec sa beauté naturelle devrait être reconstruite en tant que nouvelle entité olympique semi-autonome" (...) qui serait la "propriété collective" des nations participant aux Jeux et pourrait bénéficier d'un statut extra territorial, comme celui des monastères du mont Athos.

le-im/sg

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