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Cours dans les collèges touchés par le conflit: entente avec les profs

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GREVE ETUDIANTE
Myriam Lefebvre

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Le chef du Parti libéral, Jean Charest, a mis son chapeau de premier ministre mardi matin pour annoncer la conclusion d'une entente de principe avec les représentants des professeurs de cégeps, tandis que se tiennent plusieurs votes importants sur la reconduction de la grève contre la hausse des droits de scolarité.

Alors qu'il venait d'annoncer un crédit d'impôt pour la rénovation écologique, le chef libéral a plutôt été pressé de questions des journalistes sur le conflit étudiant, dont il fait d'ailleurs un important thème de campagne.

L'entente prévoit l'ajout temporaire de 180 enseignants additionnels pour aider le personnel enseignant lors de la rentrée. En tout, 14 des 48 cégeps de la province ont dû interrompre la session d'hiver 2012.

Le ministère de l'Éducation a précisé que l'entente était conditionnelle à la reprise des cours.

On ignore pour le moment où en sont les pourparlers avec les enseignants de niveau universitaire.

Si le chemin se pave pour la reprise des cours, rien n'assure toutefois que les étudiants décideront d'emprunter cette voie.

Les associations étudiantes des cégeps et universités reprennent en effet cette semaine leurs assemblées générales pour déterminer s'ils reconduiront ou non leur grève contre la hausse des droits de scolarité.

Le chef libéral les a d'ailleurs invités à retourner en classe, martelant que les étudiants qui choisissaient de ne pas assister à leurs cours étaient en situation de « boycott » et non de grève. Ils ont le droit de ne pas se présenter en classe, a déclaré un Jean Charest intraitable, ajoutant cependant qu'ils devaient respecter les droits des autres étudiants. Il a en outre répété que 70 % des étudiants avaient terminé leur session.

« Je me bats pendant la campagne électorale pour défendre le Québécois et l'étudiant qui veut aller à ses cours, parce qu'il a le droit d'aller à ses cours. C'est la différence entre Pauline Marois et François Legault, et moi », a-t-il soutenu.

Lundi soir, les étudiants en service social de l'Université de Montréal se sont déjà prononcés en faveur de la poursuite de la grève, avec un taux de participation inférieur à 10 %.

Une entente évaluée à 18 millions de dollars

Selon la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), qui représente 13 des 14 cégeps touchés par le conflit, l'entente est évaluée à 18,3 millions de dollars. Une porte-parole de la fédération a fourni les détails budgétaires de l'accord à Radio-Canada :

  • 13,3 millions de dollars pour le salaire des 180 enseignants dépêchés en renfort.
  • 4 millions pour l'embauche d'enseignants à statut précaire dont le contrat se terminait en juin;
  • 1 million pour le paiement des salaires des enseignants actuels qui devront travailler le samedi (rémunération à temps simple).

La FNEEQ a par ailleurs précisé qu'elle soumettrait l'entente de principe aux représentants des syndicats d'enseignants de niveau collégial au cours de la semaine.

Par voie de communiqué, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'est réjouie de l'entente survenue entre le Comité patronal de négociation des collèges et la FNEEQ. Ce développement témoigne selon elle de la volonté du gouvernement « de mettre en place toutes les mesures nécessaires pour assurer une rentrée scolaire dans les meilleures conditions pour les étudiantes et étudiants ».

De l'argent mal investi, selon le PQ

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, dit trouver normal qu'on accorde cette somme aux enseignants, puisqu'on leur demandera de travailler davantage que lors d'une session normale. Il s'agit toutefois d'« argent mal investi », a-t-elle déploré, ajoutant que ces sommes s'ajoutaient aux millions de dollars déjà consacrés à la sécurité publique pour l'encadrement des manifestations étudiantes tenues ces derniers mois.

Ça coûtera plus cher à la société québécoise que ce que rapporterait la hausse des droits de scolarité prévue par les libéraux, a-t-elle ironisé au cours d'un point de presse donné à Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, accusant à nouveau Jean Charest d'avoir provoqué la crise étudiante.

Qualifiant d'« ignoble » la loi spéciale, qui prévoit des amendes pour les enseignants qui refusent de se présenter au travail, elle a néanmoins enjoint à ceux-ci d'obéir à la loi 12.

« Je souhaite évidemment que tous les étudiants puissent retourner à leurs cours, parce que, évidemment, ils doivent pouvoir terminer leurs études, les universités doivent pouvoir fonctionner normalement », a-t-elle en outre déclaré. À un journaliste qui lui demandait si elle souhaitait que les étudiants mettent fin à la grève, elle s'en est défendue. « Non, je n'ai pas dit ça », a-t-elle répondu.

La semaine dernière, le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel-Nadeau Dubois, a invité le candidat péquiste Léo Bureau-Blouin à ne pas dicter aux étudiants la marche à suivre. L'ancien président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) avait dit souhaiter que les étudiants fassent une trêve électorale, afin de de ne pas donner de munitions au Parti libéral.

Mme Marois a en outre refusé de commenter le faible taux de participation à certaines assemblées générales, soutenant ne pas vouloir s'« immiscer dans la démocratie étudiante ».

Le PDG de la Fédération des cégeps confiant

Évoquant des « signaux extrêmement positifs » et un « appel de la majorité silencieuse », le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, s'est pour sa part montré confiant de la reprise des cours.

« Plus de 96 % des étudiants se sont inscrits à l'un ou l'autre des 14 cégeps » où la session a été interrompue, a-t-il soutenu en entrevue à Radio-Canada .

Pour me joindre :

sophie-helene.lebeuf@radio-canada.ca

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