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RD Congo : réfugiés inquiets et prix en hausse, mais pas de panique à Goma face aux rebelles

06/08/2012 08:16 EDT | Actualisé 06/10/2012 05:12 EDT

Si les menaces de la rébellion proche ne semblent pas paniquer les habitants de Goma, à l'est de la RD du Congo (RDC), des réfugiés interrogés par l'AFP expriment leur inquiétude et les prix des denrées grimpent.

Les rebelles du M23, appuyés par le Rwanda d'après l'ONU, ont pris les armes en mai dernier et ont annoncé qu'ils seraient rapidement maîtres de la capitale de la province du Nord-Kivu.

Frédéric Lunda, 47 ans est arrivé il y a deux semaines avec ses 10 enfants dont le plus jeune a deux ans. Marchand de légumes à Kibumba, il a quitté ce village situé à 25 kilomètres, sous la menace directe des rebelles. Kibumba est considéré comme le "dernier verrou" avant la capitale provinciale.

"Nous sommes en difficulté", dit-il regrettant de n'avoir aucun secours.

Sur la place pourtant un camion affrété par l'ONG britannique Oxfam vient livrer pour la troisième fois de la journée 15 mètres cubes d'eau. Une longue file de femmes et d'enfants se servent par 6 robinets.

Baseme Roete, 18 ans, est là depuis trois semaines: il a fui Rutshuru par "peur de faire le militaire pour le M23". Il traîne désoeuvré. Tous les visages sont fermés. Les enfants restent curieux mais ne jouent pas.

Plusieurs milliers de personnes ont fui la zone des combats pour les abords de la ville. Dans la chefferie de Bukumu, à Nyiragongo, village éponyme aux pieds du volcan, des centaines de personnes se sont installées dans l'école fermée en raison des vacances. Les pupitres ont été sortis dehors pour gagner de la place. Les derniers arrivants construisent des abris de fortune en branches, qui se multiplient partout.

Pourtant les habitants de Goma paraissent vaquer lundi à leurs occupations sans se soucier apparemment des menaces des rebelles.

Au marché de Birere, dans le centre, toutes les boutiques sont ouvertes, les clients se pressent. Les "tchukudu", ces longues trottinettes en bois qui servent aux portefaix, encombrent les rues que sillonnent les motos taxis. Les patrouilles des soldats indiens de la force des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco) semblent faire partie du paysage. Personne ne les regarde.

Pendant le week-end plusieurs mariages se sont déroulés dans les hôtels des bords du lac Kivu. Les enfants s'y baignent. Depuis une semaine, les blindés de la Monusco positionnés aux principaux carrefours ont disparu.

Aucune position de l'armée régulière (FARDC) n'est non plus visible. Le soir, les bars et les restaurants fonctionnent bien, aucune tension n'est apparente dans cette ville déjà conquise à deux reprises en 1996 et 98 par des rebelles au gouvernement de Kinshasa.

A l'extérieur, sur les pentes du volcan Nyiragongo dont la dernière éruption date de 2002, la route de Kibumba, est relativement fréquentée.

Les motos serpentent dans la poussière, les minibus se doublent. Parfois une camionnette remplie de militaires agressifs et nerveux passe en klaxonnant pour aller vers les lignes de défense.

Mais les prix ont sérieusement augmenté. Un beignet qui valait 30 francs congolais (30 cents USD, 25 centimes d'euros) vaut désormais 50 FC. Les 5 litres de lait sont passés de 2.000 FC à 3.000 FC depuis deux semaines. Dans la zone conquise par les rebelles, les récoltes de choux, de haricot, de blé, de maïs, de sorgho ne sont plus livrées en ville et vont manquer, dit un habitant.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, a mis en garde les mutins du M23 contre toute nouvelle avancée vers Goma. A deux reprises déjà les hélicoptères de l'ONU ont tiré sur leurs positions pour les arrêter.

Selon des sources locales, les forces spéciales jordaniennes de la Monusco qui protégeaient la ville ont été remplacées par des Uruguayens, jugés plus solides.

Les deux-tiers des 17.000 casques bleus basés en RDC sont dans la région. A l'entrée de la ville, deux blindés légers blancs de l'ONU ont été positionnés. Un bataillon sud-africain, d'environ 500 hommes, est basé près de la route avant le grand camp de l'ONU sur l'aéroport.

Selon des sources informées les FARDC ont déplacé leurs hélicoptères d'attaque vers Bukavu, plus au sud, pour éviter qu'ils ne tombent aux mains des rebelles en cas de débandade.

pb-jms/

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