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Mali: un animateur de radio, battu par les islamistes, hospitalisé à Gao

06/08/2012 06:21 EDT | Actualisé 06/10/2012 05:12 EDT

Un animateur de radio a été hospitalisé à Gao après avoir été battu par les islamistes qui contrôlent cette ville du nord du Mali, lui reprochant d'avoir relaté une manifestation contre l'amputation de la main d'un voleur, a-t-on appris lundi de sources hospitalières.

"L'animateur Abdoul Malick Maïga, tabassé dimanche soi par les islamistes, est toujours hospitalisé. Il a repris conscience mais il ressent toujours d'intenses douleurs", a déclaré à l'AFP un médecin à Gao qui s'est exprimé sous couvert de l'anonymat.

"Je l'ai vu ce (lundi) matin. Il a des écorchures à l'oeil. Il m'a expliqué que les islamistes sont venus l'arrêter au moment où sa radio commentait le refus de la population d'accepter l'amputation d'une main d'un voleur", a ajouté la même source.

L'animateur, employé dans une radio privée de Gao, a été admis dans un hôpital public à Gao après son passage à tabac.

Il a expliqué avoir été "battu à coups de crosse par les islamistes qui lui reprochent de les critiquer", a déclaré un autre médecin de la ville.

Des centaines de personnes ont manifesté dimanche soir à Gao pour protester contre son interpellation et exiger sa libération.

Les manifestants ont mis le feu à un véhicule d'un responsable du Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'ouest (Mujao) qui contrôle la ville, avant d'être dispersés par les islamistes qui ont tiré des coups de feu en l'air.

Le Mujao avait annoncé samedi soir dans un communiqué sur des radios privées de Gao qu'il couperait dimanche la main d'un voleur en application de la charia.

Les habitants l'en ont empêché en occupant la place de l'Indépendance où l'amputation était prévue, selon des témoins.

Selon les recoupements de l'AFP, l'homme dont la main devait être coupée est une jeune recrue du Mujao qui avait volé des armes pour les revendre.

Ce châtiment est une application rigoriste de la charia dans certains pays musulmans, notamment l'Arabie saoudite.

C'est la première tentative de la part les islamistes qui occupent le nord du Mali de couper une main dans cette région où des couples illégitimes, des buveurs d'alcool, des fumeurs, ont été fouettés en public dans plusieurs villes.

Le 29 juillet à Aguelhok, localité du nord-est du Mali, ils ont lapidé à mort un couple non marié.

Le gouvernement malien a condamné "énergiquement" lundi dans un communiqué l'agression de l'animateur de radio, ainsi que "la tentative d'amputation de la main d'un prétendu voleur par des groupes extrémistes armés qui occupent illégalement la ville".

Il "réaffirme son attachement à la liberté de presse ainsi qu'à la laïcité irréversible de l'Etat malien" et estime que ces actes "déontrent l'incapacité des occupants à imposer leur loi destructrice et leur foi douteuse à des populations qui rejettent leur présence sans équivoque".

"Le gouvernement tient à redire à ses compatriotes vivant au Nord du Mali qu'il continue de travailler d'arrache-pied pour la récupération totale des zones occupées et la restauration de l'autorité de l'Etat" dans le Nord", ajoute le communiqué du ministère de la Communication.

Il "tient à assurer l'opinion nationale et internationale que rien ne divertira son attention de la tragédie en cours à Gao, Tombouctou et Kidal", les trois villes et régions administratives du Nord occupées: "Il demeure plus que jamais déterminé à se débarrasser des terroristes ainsi que des narcotrafiquants qui posent des actes inqualifiables dans ces régions".

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