NOUVELLES

Il n'y a qu'un patron à la CAQ, dit François Legault à Jacques Duchesneau

06/08/2012 09:18 EDT | Actualisé 06/10/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Moins de 24 heures après avoir fait son entrée dans la campagne électorale, Jacques Duchesneau a placé François Legault dans l'embarras, obligeant du coup le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) à le rappeler à l'ordre.

Sur les ondes de la station de radio montréalaise 98,5 FM, le candidat vedette a déclaré lundi qu'à titre de vice-premier ministre d'un éventuel gouvernement caquiste, il aurait «une autorité déléguée de nommer les ministres».

En conférence de presse devant les bureaux de la Caisse de dépôt et placement à Montréal, M. Legault n'a eu d'autre choix que de rectifier le tir.

«J'ai eu l'occasion, via un de mes attachés politiques, de lui parler, a déclaré le chef caquiste. Il faut être précis. (M. Duchesneau) sera consulté, mais c'est la prérogative du premier ministre de choisir les ministres, même les quatre où il aura un mot à dire, parce qu'on veut être capables, entre autres aux Transports et aux Affaires municipales, de faire un vrai ménage dans la corruption. C'est important qu'on travaille en équipe.»

Il a ensuite a assuré qu'il «y aura seulement un patron» à la CAQ.

Dans les autres caravanes, la bourde de Jacques Duchesneau n'a pas tardé à faire réagir.

«Tout le monde comprend qu'à la CAQ, François Legault fait le compte Twitter et les cocktails de financement et Jacques Duchesneau s'occupe du reste», a ainsi lâché le chef libéral Jean Charest.

De passage à Victoriaville en après-midi, M. Legault a rétorqué du tac au tac. «J'aime mieux consulter M. Duchesneau plutôt que de consulter Franco Fava comme l'a fait M. Charest», a-t-il dit en référence à l'entrepreneur en construction et ancien grand argentier du Parti libéral, que M. Charest dit avoir croisé quelques fois par année dans le cadre d'événements politiques.

La chef péquiste, Pauline Marois, a quant à elle estimé que la CAQ faisait preuve d'«amateurisme».

Au cours d'un entretien téléphonique, lundi, Jacques Duchesneau a reconnu avait fait une «erreur».

«J'apprends à être politicien, je n'ai pas de talent pour ça», a-t-il noté.

La déclaration de M. Duchesneau n'est pas tout à fait surprenante compte tenu de la personnalité bouillante de l'ancien directeur de l'Unité anticollusion du ministère des Transports. Dimanche, il reconnaissait lui-même être de nature «intempestive».

Cette sortie illustre néanmoins le risque que représente le recrutement d'un candidat largement connu pour être un libre-penseur. Le fait que le rôle de Jacques Duchesneau dans un gouvernement caquiste est encore mal défini ne facilite pas les choses.

Bien sûr, la CAQ continue de croire que les bénéfices de l'arrivée de celui qu'on présente comme le «symbole incontestable de l'intégrité» sont plus beaucoup grands que les inconvénients.

«J'ai toujours essayé de m'entourer des gens les plus forts, a expliqué François Legault. Ça veut dire, bien souvent, qu'ils ont un caractère fort et qu'ils ne sont pas faciles à faire travailler ensemble, mais c'est ce qui donne les meilleurs résultats. (...) Et je peux vous rassurer: je suis capable d'exercer très, très bien mon leadership.»

M. Legault a soutenu ne pas se rappeler si c'est Jacques Duchesneau qui a exigé de devenir vice-premier ministre dans un éventuel gouvernement caquiste ou si c'est lui qui le lui a proposé. Une chose est sûre, toutefois: il est très inhabituel qu'un chef de parti promette à des candidats d'accéder au cabinet avant la tenue d'un scrutin.

Investissements

M. Legault a par ailleurs annoncé lundi que s'il devient premier ministre, le gouvernement obligera la Caisse de dépôt à rediriger 5 milliards $ de ses actifs totaux de 160 milliards $ dans un «Fonds des ressources naturelles» dont la mission serait d'acquérir des participations pouvant atteindre 49 pour cent dans le capital-actions des «grands projets d'exploitation» au Québec.

Au cours des dernières années, les libéraux ont mis à la disposition d'Investissement Québec, le bras financier du gouvernement, la somme d'un milliard de dollars pour des prises de participation dans des entreprises qui exploitent les ressources naturelles dans la province.

La CAQ propose également d'affecter la totalité du produit des redevances minières et pétrolières au remboursement de la dette québécoise, la plus importante de toutes les provinces canadiennes.

Enfin, le parti souhaite forcer la Caisse de dépôt à investir dans les grandes entreprises québécoises afin de permettre à celles-ci de repousser plus facilement les tentatives de prises de contrôle étrangères. Le quincaillier Rona est actuellement la cible d'une offre d'achat de la part du géant américain Lowe's.

Le hic, c'est que plusieurs investissements «politiques» de la Caisse se sont soldés par des échecs au cours des dernières années.

«Si vous regardez ce qu'on appelle aujourd'hui Québec Inc., je pense qu'il y a eu beaucoup plus de succès que d'échecs, a soutenu François Legault. Il va falloir s'habituer au Québec à prendre des risques, des risques calculés. On ne prend plus de risques au Québec et pour être capable d'avancer en affaires, ce qui est important, c'est la moyenne au bâton. (...) Il y aura toujours des échecs, mais si on a trop peur de l'échec, on va arrêter d'entreprendre au Québec.»

Mardi, la caravane du chef caquiste se rendra sera à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Candiac. Une annonce en matière de fiscalité est notamment prévue.

PLUS:pc