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Tunisie: un célèbre blogueur arrêté pour ivresse, atteinte aux bonnes moeurs

05/08/2012 12:18 EDT | Actualisé 05/10/2012 05:12 EDT

Le blogueur tunisien Sofiane Chourabi, figure de la contestation du régime du président déchu Ben Ali, et deux de ses amis ont été placés en détention dimanche pour ivresse publique et "atteinte aux bonnes moeurs" en plein ramadan, selon l'avocat Anis Ezzine et la police.

Me Ezzine a expliqué à l'AFP que M. Chourabi et son ami le journaliste Mehdi Djellassi avaient été interpellés sur la plage d'El Mansoura (gouvernorat du Nabeul, nord-est) dimanche au petit matin pour "ivresse sur la voie publique, tapage nocturne, et atteinte aux bonnes moeurs".

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarouch, a ajouté, sur la radio Express-FM, qu'une jeune femme avait été arrêtée avec eux et que les trois amis avaient "reconnu" les faits.

"Après concertation avec le ministère public, les trois ont été placés en détention pour atteinte aux bonnes moeurs et consommation d'alcool en public", a-t-il ajouté.

Consommer de l'alcool en public est particulièrement mal vu en cette période de jeûne du ramadan.

Selon Me Ezzine, ces délits sont passibles de sept mois de prison.

Dans la matinée, M. Chourabi avait annoncé sur sa page Facebook avoir été arrêté tôt le matin et conduit au poste de police de Menzel Temime sans donner plus d'explication.

Une autre avocate du blogueur, Me Leila Ben Debba, a pour sa part laissé entendre que cette arrestation pourrait avoir une connotation politique.

"Je n'exclus pas que son arrestation soit liée à son appel via Facebook à manifester ce (dimanche) soir" à Tunis contre la politique du gouvernement, a-t-elle déclaré à Express-FM.

Un appel à manifester dans le centre-ville de la capitale tunisienne circule sur internet, alors que le ministère de l'Intérieur a prévenu qu'aucun rassemblement n'était autorisé.

Sofiane Chourabi s'est fait connaître par ses blogs acerbes visant le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, renversé à l'issue de la révolution en janvier 2011. Il travaille désormais pour le site d'informations Institute for War and Peace Reporting (IWPR).

Comme de nombreux représentants de la société civile tunisienne, M. Chourabi a fait part de sa crainte d'une islamisation rampante de la Tunisie, dont le gouvernement est dominé par les islamistes du parti Ennahda, allié à deux mouvements de centre-gauche.

Des organisations de défense des droits de l'Homme craignent en particulier des atteintes à la liberté d'expression et de la presse, Ennahda ayant notamment annoncé vouloir introduire dans le code pénal un délit d'"atteinte au sacré" passible de deux ans de prison ferme.

alf-ms/cco

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