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Les changements climatiques sont déjà observables, conclut une nouvelle étude

05/08/2012 01:13 EDT | Actualisé 05/10/2012 05:12 EDT

WASHINGTON - Le type de vagues de chaleur sans fin qui ont frappé les États-Unis et d'autres parties du monde au cours des dernières années est si rare qu'il ne peut s'agir que de réchauffement climatique provoqué par l'homme, affirme une nouvelle étude statistique réalisée par l'un des principaux chercheurs du gouvernement américain.

L'étude menée par un homme souvent qualifié de «père du réchauffement planétaire» affirme que la possibilité que de telles températures surviennent entre les années 1950 et les années 1980 était plus faible qu'une sur 300. Désormais, les probabilités sont plutôt d'une sur 10, selon le rapport du chercheur de la NASA James Hansen. Ce dernier soutient que ce qui arrive n'est pas aléatoire ou normal selon un point de vue statistique, mais est uniquement le résultat des changements climatiques.

Lors d'une entrevue accordée à l'Associated Press, il a déclaré qu'il ne s'agissait pas d'une théorie scientifique, mais plutôt de l'expérience d'un fait scientifique.

M. Hansen est un scientifique du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, à New York, et un professeur à l'Université Columbia. Il est également un activiste qui réclame depuis des années que le gouvernement agisse pour réduire les quantités de gaz à effet de serre. Bien que son étude ait été publiée samedi dans le journal Proceedings of the National Academy of Science, elle ne va probablement pas réussir à faire changer d'avis les derniers «climatosceptiques».

En s'éloignant de la majorité des recherches sur le climat, l'étude de M. Hansen — basée sur les statistiques, et non pas sur les modèles climatiques courants — blâme trois récentes vagues de chaleur sur le réchauffement climatique. Dans cette liste, on retrouve la sécheresse qui a touché le Texas et l'Oklahoma l'an dernier; les vagues de chaleur frappant la Russie et le Moyen-Orient en 2010, faisant des milliers de morts; ainsi que la vague de chaleur européenne de 2003 qui a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes, particulièrement des personnes âgées en France.

L'analyse a été écrite avant l'actuelle sécheresse et les températures record qui ont été enregistrées dans la majeure partie des États-Unis cette année, mais M. Hansen croit qu'il s'agit là aussi d'un autre exemple des pires effets du réchauffement climatique.

L'accroissement des probabilités de chaleurs extrêmes, de sécheresses et de très fortes pluies dans certaines régions est à ce point énorme que les chercheurs devraient arrêter de se disputer, affirme M. Hansen. «Cela se produit assez souvent, dans une région assez importante, pour que les gens constatent d'eux-mêmes que cela survient pour vrai», a-t-il dit.

Les scientifiques ont généralement affirmé qu'il est impossible de déterminer si des événements uniques sont causés par le réchauffement climatique, en raison de l'influence variable de la météo.

Cette position a toutefois été modifiée au cours des derniers mois, alors que d'autres études ont également conclu que des changements climatiques se produisent devant nos yeux.

M. Hansen espère que sa nouvelle étude poussera les gens préoccupés par les changements climatiques à exiger que leurs gouvernements agissent. Dans une lettre d'opinion publiée vendredi dans la version en ligne du Washington Post, il indique qu'il est encore temps d'agir et d'éviter un climat qui s'aggrave. «Mais nous gaspillons un temps précieux», a-t-il écrit.

La science de l'étude de M. Hansen est excellente et «réécrit la question», a déclaré Andrew Weaver, un climatologue de l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, membre de l'équipe internationale de chercheurs sur les changements climatiques couronnés du prix Nobel.

«Plutôt que de dire "Est-ce causé par les changements climatiques?", vous pouvez dire "Quels sont les probabilités que cela se soit produit en l'absence de réchauffement planétaire?". C'est si improbable que cela doit être lié au réchauffement climatique», a dit M. Weaver.

Depuis des années, les scientifiques utilisent des modèles informatiques complexes faisant appel à des combinaisons de facteurs divers pour constater si un événement météorologique aurait pu se produire sans que le réchauffement climatique en soit la cause. Environ 25 aspects différents des changements climatiques ont été officiellement attribués à des émissions de gaz à effet de serre provoquées par les humaines dans des dizaines d'études précédentes. Ces aspects sont cependant souvent vastes et vagues, comme l'augmentation des vagues de chaleur dans certaines régions et des fortes pluies dans d'autres.

Une autre étude devant être publiée prochainement par Kevin Trenberth, analyste climatique en chef du National Center for Atmospheric Research, relie la vague de chaleur survenue en 2010 en Russie au réchauffement climatique en s'attardant aux conditions météo sous-jacentes qui ont provoqué cette vague de chaleur. Il a qualifié d'important l'article de M. Hensen, puisqu'il aide à faire connaître le problème.

Le conseiller scientifique de la Maison-Blanche John Holdren a salué les conclusions du rapport de M. Hensen par voie de communiqué. Il a cependant également indiqué qu'il était vrai que les chercheurs étaient incapables de blâmer le réchauffement climatique dans le cas d'un seul événement: «Ces travaux, qui ont permis d'établir que les étés extrêmement chauds sont 10 fois plus fréquents qu'ils ne l'étaient, vient renforcer plusieurs autres preuves démontrant que le réchauffement climatique existe et qu'il est nuisible.»

Dans une étude datant de 1988 et qui a fait école, M. Hansen prédisait que si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivaient, ce qu'elles ont fait, la capitale américaine vivrait environ neuf jours par année sous une température de 32 degrés Celsius ou plus. Jusqu'à maintenant en 2012, avec encore approximativement quatre semaines d'été, la ville a plutôt vécu 23 journées de chaleur accablante.

M. Hansen croit désormais avoir sous-estimé à quel point la situation pourrait empirer.

Et bien qu'il espère que sa nouvelle étude poussera des gens à passer à l'action, par exemple en votant une taxe sur la consommation des combustibles fossiles — qui émettent du dioxyde de carbone, l'un des principaux gaz à effet de serre —, d'autres ne sont pas aussi optimistes.

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