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Dans le ciel d'Alep, les mortelles semailes des avions de chasse d'Assad

05/08/2012 04:09 EDT | Actualisé 04/10/2012 05:12 EDT

C'est d'abord un bourdonnement lointain dans le ciel d'Alep. Puis un objet brillant qui tournoie, tout en se rapprochant. Dans leur campement, les rebelles courrent en tous sens alors que les premières explosions font trembler les vitres.

Un avion de chasse et ses ailes en triangle est désormais visible, il passe à basse altitude. Des rebelles réveillés s'arrachent à leur natte, prennent leurs armes et scrutent le ciel, les mains accrochées au grillage des fenêtres. Tout d'un coup, le son lourd du canon retentit et l'avion disparaît de nouveau.

Les visages sont inquiets. Où les roquettes sont-elles tombéees ? Le pilote de l'armée syrienne en a-t-il fini avec sa mortelle moisson? Bang, bang, bang, trois grosses explosions font trembler les murs. Les bombes se rapprochent, elles tombent dans le quartier désormais.

Les rebelles se mettent à l'abri derrière les épais murs de l'école, sous l'escalier, ou dans les caves où sont entreposés des obus de chars, des munitions et du mazout. La poignée de journalistes occidentaux refuse de les suivre, estimant qu'une roquette ou un éclat pourrait faire exploser le tout.

Le silence dans le ciel est trompeur. C'est quand on n'entend plus ses réacteurs que l'avion attaque. Les minutes passent puis des explosions de nouveau.

Dehors, les rebelles profitent d'une accalmie pour déplacer un des chars qu'ils ont pris à l'armée. Camouflé sous une immense bâche, le char dégage un nuage de pousière et de fumée en tournant dans le quartier. Tout près, les rebelles montent des mitrailleuses lourdes sur des pick up pour affronter l'avion.

Soudain, une camionnette déboule dans l'hôpital de campagne installé près du campement des rebelles. Les hommes crient et tentent d'ouvrir la porte. Ils extirpent un jeune homme en sang, les jambes et le dos criblés d'éclats.

Assise dans la camionnette, une jeune femme pleure en silence, tremblante, en se tordant les doigts. "C'est le fils de la voisine", dit une femme plus âgée. "Les roquettes sont tombées sur notre quartier Hanano", dans le nord-est de Alep, ajoute-t-elle, en se prenant le visage.

Quelques secondes plus tard, les hommes ramènent le blessé. Ses blessures sont trop graves, il faut l'amener à l'hôpital de Chaar. Le blessé grimace, mais semble pouvoir bouger les jambes. Il est placé à l'arrière de la camionnettte. Ses pieds dépassent par la fenêtre.

Femmes et enfants réapparaissent dans les rues d'Alep. Sur une grande avenue, de grandes flammes montent au-dessus de la carcasse d'une voiture, vraisemblablement touchée par une roquette. "Vous avez vu ce qu'ils font ? Ils vont détruire toute la ville", s'écrie un homme.

Mohammed Ahmadi, un officier de l'armée syrienne qui a fait défection il y a huit mois et qui commande plusieurs centaines de rebelles, sait que le contrôle de quartiers ne suffit pas pour prendre tout Alep tant que l'aviation de Bachar al-Assad continuera à maîtriser les airs.

"Nous avons besoin d'armes anti-aériennes et d'armes anti-char, mais je sais que ni les Européens, ni le Qatar, ne nous les donneront", dit-il en lissant sa barbe. "Nous achetons des armes aux trafiquants", ajoute-t-il. La cartouche de kalachnikov est ainsi passée de 3,5 dollars à un peu plus de 2 dollars.

Depuis le début de l'insurrection à Alep, la deuxième ville du pays, le 20 juillet, la situation semble figée. Combattants de l'Armée syrienne libre et soldats loyaux au régime en découdent certes violemment à Salaheddine, un bastion rebelle en partie vidé de ses centaines de milliers d'habitants. Mais chacun attend encore la grande offensive promise par le régime.

Pour soulager Alep, des rebelles attaquent quasiment chaque nuit l'aéroport militaire de Mannagh, où sont basés des hélicoptères. Les avions, eux, viennent d'Idlib, ou d'autres régions, et rien ne semble pour l'instant pouvoir les arrêter.

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